Petite histoire du tissu provençal

Les Origines
Au début du XVIIe, Marseille est réputée dans toute la Méditerranée pour ces COTONINES (coton grossier fabriqué à partir de la fin du moyen âge). C’est dans ce contexte que Colbert (ministre de Louis XIV) décide de faire de Marseille un ‘’Port Franc’’ qui devait permettre le développement du commerce avec le reste de la Méditerranée et donc l’Orient. Avec l’aide de la communauté arménienne, implantée du Tibet à l’Europe de l’ouest et spécialisée dans les soieries, Colbert ouvre un grand entrepôt de la soie, et malgré les réticences de la Chambre de Commerce locale, cette communauté chrétienne nous fît connaître bon nombre de produits exotiques et les techniques d’impression sur coton entre autres. Si les ports de la côte Atlantique étaient tournés vers les terres nouvelles de l’Amérique et des Indes, les navires luttaient contre la concurrence des hollandais et portugais, Marseille détenait la première place pour le commerce avec l’Italie et le Levant. C’est bien grâce à cette position ouverte sur l’Orient que la Provence fut la première à découvrir toutes les étoffes colorées, aux noms exotiques, qui firent l ‘essentiel des costumes pendant trois siècles.

L’évolution des techniques
Il faut attendre la fin du 16e siècle pour trouver les premières traces des ‘’indiennes’’. Il est établi que les deux procédés d’illustrations d’étoffe de coton, peint à la main ou par impression manuelle de tampons, trouvent leurs origines en Inde. Les européens s’approprient les techniques et finissent par maitriser l’impression sur tissu au point de développer une florissante industrie. Et Marseille devient le plus grand centre d’impression de tissus. La principale inspiration, de ces impressions décoratives venues d’Inde, est la nature et plus particulièrement la flore. Celle-ci est matérialisée par ‘semis’ de petites fleurs ou de feuille sur fond unis ou à rayures. Ces techniques permettaient de produire des tissus à plusieurs couleurs, le plus souvent trois, assez bon marché et de satisfaire la demande populaire locale. En 1670, lors de la première représentation du “Bourgeois Gentilhomme”, Molière porte une robe de chambre fleurie, qui nous montre le goût des grands pour ces cotonnades fleuris. De la cour à la ville toutes les contemporaines, bourgeoises et nobles, en raffolent et augmentent la demande.
Au XVIIIe siècle un suisse nommé Christophe Philippe Oberkamp s’installe à Jouy en Josas et commence à s’inspirer des dessins d’indiennes à petits motifs de fleurs, de picots et de mélange (carreaux/fleurs), issues directement des premières impressions provençales. Dés lors et pour longtemps les manufactures de Jouy en Josas connaissent un important développement s’appuyant sur des progrès techniques participants à la baisse des coûts et donc des prix. La découverte à la fin du XVIIIe siècle, et l’exploitation de la technique du ‘Rouleau’ a permit une diversité des sujets traités de plus en plus petit. Ces motifs, fleurs, pois et palmette, seront utilisés en doublure de vêtements.

Les Impressions
Les motifs de fleurs naturelles inspirés d’Inde détachés sur fond blanc ou jaune sont appelés INDIANO PISO.
Les petits monstres cachés dans les semis de fleurs nommés ‘’coquecigrue’’ (Mélange des mots coq, cigogne et grue)Coquecigrue.
Les ‘’bonnes herbes’’, semis de fleurs des champs dans un mélange touffus d’herbage sur fond bronze ou ‘’battons rompus’’ où les fleurs sont stylisées géométriquement sur fond blanc, jaune, bronze et même noir.
Certains décors de palmettes et cachemire sur fond rouge ou vert ont connu en Provence un énorme succès.
Le XIXe siècle verra l’essor de l’industrie textile dans l’est de la France. A l’époque, on ‘’indiennait’’ de ravissants décors jardinier où de longues tiges fleuries prennent racine dans le bas des jupes pour déployer ses fleurs au niveau de la taille.
Le XVIIIe Siècle en Provence
La Provence était un pays de très ancienne tradition textile. On y tissait la laine et le chanvre, le lin et la soie. Plus tard, on apprit à y imprimer le coton. C’était aussi un pays de grand commerce, largement ouvert sur le reste du monde. Et décrire les étoffes les plus couramment utilisées en Provence, c’est parcourir quelques pages de l’histoire du commerce et de l’industrie de ce pays. Les étoffes de laine constituaient au Moyen Age l’essentiel du costume populaire. Les hommes les portaient le plus souvent ‘’couleur bête’’, les femmes teints en rouge ou en bleu. Puis vint la mode des indiennes, des cotonnades imprimées, et les lainages se firent doublures des vêtements d’hiver et se cachèrent sous le coton. Le chanvre était cultivé depuis le règne de Raymond Bérenger, dernier Comte de Provence. Il permettaient de tisser des toiles grossières et rêches, mais de ‘’bon usage’’. Les toiles de lin, plus fines, plus blanches, plus chères aussi étaient considérées comme des étoffes de luxe. Les rayures bleues ou rouges, apparues au XVIIIe siècle, sont l’évolution des ‘’siamoises’’ (rayures appelées ainsi depuis le voyage du roi du Siam en 1684), passées par Rouen et revenues à Marseille sous forme de ‘’Rouennerie de Marseille’’.
Un certain art de vivre régnait en Provence à cette époque, les costumes des dames et des servantes sont très proches, même si sans doute pour certaines les étoffes étaient plus belles et plus riches. Si l’on en croit Auguste Brun, «Les groupes sociaux ne se distinguent que par leurs moyens d’existence, mais se confondent par leur genre de vie. Le Noble et le Paysan parlent la même langue, ont les mêmes mœurs et les mêmes occupations, et en nulle autre province le gentilhomme n’y est aussi près du peuple». A l’inverse, comme le fait remarquer Rémi Venture «un provençal, si humble soit-il voudra toujours s’habiller comme le plus riche, au moins les jours de fête». Alors, tout est affaire de nuances. Les différences existent bien sûr, et les costumes les expriment.

Est-ce ces deux paramètres qui sont à l’origine de l’explosion, dans notre région, de ces étoffes ?
Tout au long de son histoire la Provence continue à faire évoluer les tissus d’où qu’ils viennent au point qu’ils sont devenues dans nos mémoires des ‘’imprimés provençaux’’.

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