Ouzbékistan : 74 % de ses touristes ne viennent pas pour Samarcande

Montagnes enneigées du Tian Shan occidental en Ouzbékistan au lever du soleil, vallée de Beldersoy et pentes boisées

Quiz : connaissez-vous le vrai visage du tourisme ouzbek ?

Quel pays a envoyé le plus de visiteurs en Ouzbékistan en 2025 ?

Le Kirghizstan, avec 3,3 millions de visiteurs, devant le Tadjikistan et le Kazakhstan (2,7 millions chacun). La Russie n'arrive qu'en quatrième position, avec 984 400 personnes.

À quelle altitude commencent les domaines skiables de Chimgan et Beldersay ?

Environ 1 550 mètres, dans le district de Bostanliq. Le sommet du Grand Chimgan, lui, dépasse les 3 300 mètres, à moins de deux heures de route de Tachkent.

Combien d'Ouzbeks sont partis en voyage à l'étranger en 2025 ?

7,6 millions de voyages sortants, en hausse de 22,2 % sur un an. L'Ouzbékistan n'est pas seulement une destination : c'est aussi un marché qui envoie massivement ses habitants voyager.

L'Ouzbékistan vient d'inaugurer son premier complexe hôtelier de montagne haut de gamme. Pas à Samarcande, pas à Boukhara, pas sur un tronçon balisé de la route de la Soie : à environ 1 550 mètres d'altitude, dans un massif dont presque personne ne cite le nom en France. La raison tient dans un tableau de chiffres publié par le Comité national des statistiques du pays. Sur les 11,7 millions de visiteurs étrangers accueillis en 2025, 8,7 millions venaient de trois pays voisins : le Kirghizstan, le Tadjikistan et le Kazakhstan. Soit 74 % du total. Ces voyageurs-là ne franchissent pas une frontière pour photographier une médersa turquoise : ils en ont d'équivalentes chez eux. Ils viennent pour la montagne, le lac et l'air frais. Voilà pourquoi le premier palace du pays a poussé là où personne, vu de Paris, ne l'attendait.

Le tableau que personne ne lit : d'où viennent vraiment les 11,7 millions

Et c'est là que ça devient fascinant. Quand la presse occidentale parle du « boom touristique ouzbek », elle montre invariablement les mêmes images : le Registan de Samarcande au coucher du soleil, les remparts de Khiva, un marchand de tapis à Boukhara. Le sous-entendu est limpide : les Européens redécouvrent la route de la Soie. Sauf que les chiffres officiels racontent une tout autre histoire.

Le Comité national des statistiques de la République d'Ouzbékistan a publié son bilan 2025 : 11,7 millions de visiteurs étrangers venus pour du tourisme, un record absolu, en hausse de 3,7 millions de personnes sur un an, soit 46,8 %. Un bond spectaculaire, personne ne le conteste. Mais regardez maintenant le classement par pays d'origine, et tenez-vous bien : Kirghizstan, 3,3 millions. Tadjikistan, 2,7 millions. Kazakhstan, 2,7 millions. Puis la Russie, loin derrière, avec 984 400 visiteurs. Ensuite l'Afghanistan (476 700), le Turkménistan (370 000), la Chine (278 900), la Turquie (174 900), l'Inde (80 800) et la Corée du Sud (46 300).

Faites le calcul avec moi. Les trois premiers pays, tous frontaliers, totalisent 8,7 millions de visiteurs sur 11,7 millions : 74 %. Et la France ? Elle n'apparaît nulle part dans les dix premiers. Additionnez même la Chine, la Turquie, l'Inde et la Corée du Sud, et vous obtenez 581 000 personnes, soit moins de 5 % du total. Le tourisme ouzbek n'est pas un phénomène mondial : c'est d'abord un phénomène de voisinage, exactement comme la fréquentation d'une destination européenne dépend surtout de qui habite à côté, un mécanisme qu'on retrouve dans les profils de dépenses par nationalité en Europe.

Pourquoi un groupe hôtelier américain construit dans un massif inconnu

Passons au concret. Le groupe Hyatt, dont le siège se trouve à Chicago, vient d'ouvrir le Beldersoy Resort and SPA, premier établissement de sa marque « Destination by Hyatt » en Ouzbékistan et, surtout, premier complexe de montagne haut de gamme du pays. L'adresse : les montagnes de Beldersoy, dans la région de Chimgan-Bostanliq. Pas un mot sur Samarcande dans le communiqué d'ouverture.

Un groupe qui exploite plus de 1 350 établissements dans 78 pays ne plante pas son premier drapeau haut de gamme au hasard. Il l'a planté là où se trouve la demande réelle : une clientèle régionale nombreuse, en pleine ascension économique, qui cherche de la fraîcheur, du ski et du spa à quelques heures de chez elle. C'est le même raisonnement qui pousse les grandes enseignes à s'implanter dans des villages qu'aucun guide ne cite, comme lorsque un géant américain a choisi un village ostréicole de l'Hérault pour lancer ses premières résidences de marque en France, ou une île du Cap-Vert pour tester un nouveau marché atlantique.

L'établissement aligne 109 chambres et 36 villas privées, soit 145 clés au total, toutes avec vue sur les montagnes. La décoration puise dans les tons de pierre, de sable, d'argile et de vert profond, avec des pièces artisanales réalisées par des artistes locaux. Deux restaurants : Nafis, ouvert toute la journée sur une carte de saison, et Fire & Ice, dédié aux viandes maturées et aux accords vodka. Oui, vous avez bien lu : accords vodka. Nous sommes en Asie centrale post-soviétique, la carte des vins n'est pas exactement le sujet.

Une salle de bal baptisée d'après une chaîne de montagnes

Détail qui en dit long sur le positionnement : la grande salle de réception du complexe porte le nom du Tian Shan, la chaîne de montagnes qui traverse toute l'Asie centrale. L'établissement compte deux salles de réunion et cette salle de bal, pensées pour les mariages, les séminaires d'entreprise et les rassemblements. Traduction : on vise autant le séminaire d'une banque de Tachkent que le couple kazakh en week-end. La montagne comme alternative aux salles de conférence urbaines, c'est un modèle éprouvé ailleurs, notamment dans les stations qui ont appris à remplir leurs lits l'été autant que l'hiver.

Le Tian Shan occidental, ce massif classé que la France ignore

Et voilà le moment où Jamy déroulerait sa grande carte. Parce qu'il faut poser le décor géographique, et il est spectaculaire. Le Tian Shan, littéralement les « monts célestes », forme l'une des plus grandes chaînes de montagnes d'Asie. Son extrémité occidentale, partagée entre le Kazakhstan, le Kirghizstan et l'Ouzbékistan, est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre d'un bien transnational. Trois pays, un seul massif classé.

Côté ouzbek, ce massif se rapproche de Tachkent au point de devenir un terrain de jeu urbain. Le village de Chimgan et la station de Beldersay se trouvent dans le district de Bostanliq, à environ 80 à 85 kilomètres de la capitale, soit une heure trente à deux heures de route. Le Grand Chimgan, le sommet emblématique de la zone, culmine autour de 3 300 mètres. La crête de Kumbel, accessible en télécabine, se situe vers 2 300 mètres. Et entre les deux, un lac : le réservoir de Charvak, une grande étendue turquoise où les habitants de Tachkent viennent se baigner dès les premières chaleurs.

Imaginez un instant l'équivalent français : une capitale de plaine, écrasée de chaleur l'été, avec de vrais sommets enneigés et un lac de montagne à une heure trente de voiture. Ce serait un argument touristique martelé partout. En Ouzbékistan, c'est simplement la sortie du dimanche. Le même écart de perception qu'on observe pour les reliefs volcaniques des Canaries, spectaculaires mais éclipsés par les plages, ou pour les sentiers français où la géologie raconte tout et que personne ne regarde.

Ski en Ouzbékistan : ce que disent les chiffres des pistes

Sur la question du ski, les données parlent d'elles-mêmes. Les domaines de Chimgan et de Beldersay démarrent autour de 1 550 mètres d'altitude. La piste principale de Beldersay mesure environ 3 017 mètres de longueur, pour un dénivelé d'environ 565 mètres, avec un point haut proche de 2 350 mètres. Ce ne sont pas les chiffres d'un domaine alpin de premier rang : à titre de comparaison, un grand domaine savoyard aligne des centaines de kilomètres de pistes. Mais ce sont des chiffres tout à fait sérieux pour une journée de glisse, et surtout des chiffres accessibles depuis une capitale de plus de deux millions d'habitants.

Le complexe annonce d'ailleurs un accès direct aux pistes et aux télécabines, ainsi qu'à des sentiers de randonnée et de VTT praticables toute l'année. C'est la stratégie classique de la station qui refuse de vivre quatre mois par an, une bascule de saison qu'a connue la Laponie finlandaise, estivale avant de devenir hivernale. La neige, en Asie centrale continentale, reste capricieuse d'une année sur l'autre : miser sur les seuls skieurs serait un pari risqué. Les périodes d'ouverture des remontées sont à vérifier avant votre départ.

Une thalasso à 1 550 mètres : l'idée qui fait sourire, puis réfléchir

Là, je dois avouer que j'ai relu le communiqué deux fois. Le complexe propose un concept de bien-être « inspiré de la thalassothérapie »… en pleine montagne. Le pays le plus enclavé qu'on puisse imaginer, à des milliers de kilomètres de toute mer, qui installe des soins marins entre deux sommets. Sur le papier, ça ressemble à une blague de brochure.

Sauf que dans le détail, ça tient debout. Le spa propose une piscine intérieure d'eau de mer enrichie en sels minéraux, un bassin de flottaison à forte teneur en magnésium conçu pour la relaxation profonde, et une piscine à débordement extérieure face aux montagnes. La logique : transposer des thérapies minérales habituellement associées au littoral dans un environnement d'altitude. C'est exactement le raisonnement des grands thermes de montagne des Pyrénées, qui attirent des centaines de milliers de visiteurs par an sans le moindre horizon marin. Ajoutez des zones d'entraînement fonctionnel et des activités de remise en forme, et vous obtenez le produit que cherche exactement la clientèle régionale : du repos, du silence, de l'eau chaude, loin de la chaleur des villes.

Le silence, justement, devient un argument commercial à part entière dans l'hôtellerie haut de gamme, au point que plus d'un voyageur sur deux se dit prêt à payer davantage pour ne rien entendre. En montagne, il est gratuit. C'est peut-être le seul luxe que personne n'a encore réussi à facturer au mètre carré.

Le chiffre miroir : 7,6 millions d'Ouzbeks partis à l'étranger

Bon. Maintenant qu'on comprend qui vient, regardons qui part. Parce que c'est là que le portrait devient vraiment intéressant. En 2025, 7,6 millions de citoyens ouzbeks ont voyagé à l'étranger pour du tourisme, en hausse de 1,4 million de personnes, soit 22,2 % sur un an.

Mettez les deux nombres côte à côte : 11,7 millions d'entrées, 7,6 millions de sorties. L'Ouzbékistan n'est pas un pays qu'on visite, c'est un carrefour où tout le monde circule dans les deux sens. Ce détail change complètement la lecture. Un pays qui envoie 7,6 millions de ses habitants voyager développe une industrie du voyage, des agences, des liaisons aériennes, des standards de service. Il ne subit pas le tourisme : il en fait partie.

Les autorités attribuent d'ailleurs la croissance des arrivées à un ensemble de mesures précises : développement des infrastructures touristiques, libéralisation du régime des visas, extension des liaisons aériennes internationales et promotion active du pays à l'étranger. Rien de mystérieux, rien de viral : du travail administratif méthodique, étalé sur plusieurs années. C'est moins photogénique qu'une poussée de fréquentation née sur les réseaux sociaux, mais nettement plus solide dans la durée.

Ce que ce cas révèle sur notre façon de regarder les destinations

Prenons un peu de recul. L'Ouzbékistan est raconté en France comme une destination patrimoniale : caravansérails, mausolées, céramiques bleues. Ce récit n'est pas faux, il est simplement minoritaire. Il décrit ce que vient chercher une fraction infime des visiteurs. Les 74 % qui arrivent du Kirghizstan, du Tadjikistan et du Kazakhstan viennent pour des raisons familiales, commerciales, climatiques ou récréatives que nos guides ne mentionnent jamais.

C'est un biais classique : on décrit une destination par ce qu'elle offre aux voyageurs lointains, jamais par ce qu'elle représente pour ses voisins. On a fait la même erreur avec la croissance touristique de l'Asie, huit fois plus rapide que celle de l'Amérique du Nord, ou avec les pays émergents dont on ne retient que la clientèle occidentale, comme dans le basculement entre la Croatie saturée et l'Albanie montante.

Le résultat, pour le voyageur français curieux, est plutôt une bonne nouvelle. Cela veut dire qu'un pays de plus de 11 millions de visiteurs annuels reste, du point de vue européen, largement inexploré hors du triangle Samarcande-Boukhara-Khiva. Ses montagnes, ses lacs, ses stations et désormais ses complexes de bien-être ne figurent dans à peu près aucun circuit vendu en France. La même logique qui rend précieuses les régions japonaises situées au-delà de l'itinéraire classique, ou les déserts d'Arabie que l'on redécouvre par leur ciel.

Le revers possible : ce qui arrive quand un massif devient un produit

Un mot de prudence, tout de même. Un massif classé au patrimoine mondial qui voit arriver un complexe de 145 clés, puis d'autres derrière, connaît toujours la même trajectoire : fréquentation en hausse, pression sur l'eau, sur les accès routiers, sur les milieux fragiles. Les destinations qui ont anticipé ce virage ont mis en place des garde-fous, qu'il s'agisse d'un plafond strict sur le nombre de visiteurs ou d'une taxe imposée aux visiteurs d'un territoire fragile. Les autres découvrent le problème dix ans plus tard, quand il coûte beaucoup plus cher à corriger. Le Tian Shan occidental a l'avantage d'être déjà sous surveillance internationale via son classement : c'est un filet, pas une garantie.

Ce qu'il faut vérifier avant de préparer un voyage

Point pratique, le seul qui compte vraiment quand on passe de la curiosité au billet d'avion. Pour les voyageurs français, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères indique une dispense de visa pour les séjours de moins de 30 jours, avec un passeport valable au moins 6 mois après la date de retour. Ce régime est en place depuis le 5 octobre 2018. Les conditions d'entrée en Asie centrale évoluent régulièrement : à vérifier avant votre départ auprès des services consulaires.

Sur la saison, tout dépend de ce que vous cherchez. L'été, Tachkent est écrasée de chaleur et la montagne joue son rôle de refuge : c'est le moment des randonnées, du VTT et du lac. L'hiver, l'enneigement décide de tout, et il varie fortement d'une année sur l'autre. Sur les tarifs, aucun prix n'est mentionné ici volontairement : ils bougent trop vite et dépendent de la saison, du taux de change et de la demande, un phénomène bien documenté dans l'écart de prix du luxe hôtelier d'une ville à l'autre. Là encore : à vérifier avant votre départ.

Enfin, une remarque de bon sens. Se rendre dans une région de haute montagne en Asie centrale suppose de se renseigner sur l'état des routes, les conditions météo et la disponibilité des secours, exactement comme on ne s'engage pas dans un désert sans préparation sérieuse. Les paysages sont gratuits : l'imprudence, elle, se paie toujours.

Questions fréquentes sur le voyage en Ouzbékistan

Faut-il un visa pour aller en Ouzbékistan quand on est français ?

Non, pas pour un séjour touristique court. Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères indique que les voyageurs français sont dispensés de visa pour les séjours de moins de 30 jours, à condition de disposer d'un passeport valable au moins 6 mois après la date de retour. Ce régime sans visa est en vigueur depuis le 5 octobre 2018 et s'inscrit dans une politique d'ouverture plus large : l'Ouzbékistan a progressivement étendu la dispense à des dizaines de nationalités, les ressortissants des États-Unis étant les derniers arrivés dans la liste au 1er janvier 2026. Un enregistrement du lieu d'hébergement peut être demandé sur place selon le type de logement choisi. Les règles d'entrée et la durée autorisée évoluent régulièrement dans cette région : à vérifier avant votre départ auprès des services consulaires.

Peut-on vraiment skier en Ouzbékistan et à quelle altitude ?

Oui, et depuis longtemps. Les domaines de Chimgan et de Beldersay, situés dans le district de Bostanliq à l'est de Tachkent, se déploient à partir de 1 550 mètres d'altitude environ, dans les contreforts du Tian Shan occidental. La piste principale de Beldersay mesure près de 3 017 mètres de long pour un dénivelé d'environ 565 mètres, avec un point haut voisin de 2 350 mètres. Le sommet du Grand Chimgan culmine, lui, à environ 3 300 mètres, et la crête de Kumbel, accessible par télécabine, se situe autour de 2 300 mètres. La saison dépend fortement de l'enneigement, très variable d'une année sur l'autre dans cette partie de l'Asie centrale continentale. Les périodes d'ouverture des remontées sont à vérifier avant votre départ.

Combien de temps faut-il pour aller de Tachkent aux montagnes de Chimgan ?

Comptez environ 80 à 85 kilomètres depuis Tachkent, soit une heure trente à deux heures de route selon le trafic et la saison. C'est l'une des particularités les plus frappantes de cette région : la capitale ouzbèke, ville de plaine chaude et poussiéreuse en été, se trouve à une distance de trajet comparable à un Paris-Deauville de ses premiers reliefs enneigés. La route grimpe progressivement, longe le lac de Charvak, un vaste réservoir turquoise très fréquenté par les habitants de Tachkent l'été, puis atteint le village de Chimgan et les stations voisines. Les excursions à la journée combinant lac, montagne et remontées mécaniques sont un classique local. Les temps de trajet s'allongent nettement les week-ends d'été et les jours de forte affluence.

Pour aller plus loin

  • Comité national des statistiques de la République d'Ouzbékistan, bilan du tourisme 2025 (arrivées de visiteurs étrangers et voyages sortants)
  • Comité du tourisme de la République d'Ouzbékistan, mesures de libéralisation du régime des visas
  • UNESCO, Centre du patrimoine mondial, bien transnational Tian Shan occidental
  • Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, conseils aux voyageurs, fiche Ouzbékistan, entrée et séjour

Cet article est fourni à titre informatif. Les prix, formalités et conditions de voyage mentionnés peuvent évoluer rapidement. Vérifiez toujours les informations directement auprès des organismes officiels et de votre agence avant de réserver.