Valérie Lagrange : de la Nouvelle Vague au rock français
Le savez-vous ?
D'où vient le nom de scène « Lagrange » ?
Il vient du tournage de son premier film, « La Jument verte » de Claude Autant-Lara, en 1959. Plusieurs scènes se déroulaient dans une grange : Danielle Charaudeau en tire son pseudonyme, Lagrange.
Pour quel magazine a-t-elle posé en novembre 1963 ?
Pour le tout premier numéro du magazine de charme « Lui ». La photographie de couverture est réalisée par son mari de l'époque, le photographe Serge Beauvarlet.
Quel guitariste de Gong joue le solo de « Faut plus me la faire » ?
Steve Hillage, guitariste du groupe britannique Gong. L'album est par ailleurs produit par un autre membre de Gong, le bassiste Mike Howlett.
Valérie Lagrange, née Danielle Charaudeau le 25 février 1942 à Paris, est l'une de ces figures que le grand public a souvent croisées sans toujours retenir le nom. Actrice révélée à 17 ans dans « La Jument verte » de Claude Autant-Lara, elle traverse la Nouvelle Vague, tourne pour Jean-Luc Godard et Claude Lelouch, puis quitte le cinéma après Mai 68 pour une longue « parenthèse enchantée » hippie. Elle revient au début des années 1980 en chanteuse rock et décroche un tube, « Faut plus me la faire », premier disque d'or de Virgin France. Son parcours, fait de choix à contre-courant et d'un retrait assumé loin des projecteurs, en fait un cas rare de la culture française : celui d'une artiste qui a préféré la liberté à la célébrité.
Qui est Valérie Lagrange, révélée par le cinéma des années 1960 ?
Valérie Lagrange est d'abord une actrice de cinéma. Née Danielle Charaudeau à Paris en 1942, elle débute à 17 ans, en 1959, dans « La Jument verte » de Claude Autant-Lara, aux côtés de Bourvil. Elle enchaîne les tournages pendant toute la décennie suivante : « Le Gigolo », « Hardi ! Pardaillan », « Les Tribulations d'un Chinois en Chine ». En 1963, elle prête même sa voix à un doublage dans « Les Tontons flingueurs ». Le tournant survient en 1966, quand Claude Lelouch lui confie un rôle dans « Un homme et une femme », Palme d'or à Cannes. Elle passe ainsi d'un cinéma académique à la Nouvelle Vague, tournant pour Jean-Luc Godard, Philippe de Broca, Roger Vadim ou Michel Boisrond. Comme d'autres comédiennes discrètes du cinéma français, elle se fait un nom sans jamais courir la célébrité. À l'écran, elle croise déjà cette génération d'acteurs restés dans l'ombre du grand écran, plus soucieux du travail que des projecteurs.
Comment est-elle passée du yéyé à la chanson d'auteur ?
En parallèle du cinéma, Valérie Lagrange devient chanteuse dès le milieu des années 1960. Elle enregistre plusieurs super 45 tours et connaît le succès avec « La Guérilla », signée Serge Gainsbourg, puis « Encore un jour de notre amour » et « Le Même jour », écrites par Pierre Barouh et Francis Lai. C'est l'époque yéyé, celle des idoles de la chanson française, dont on mesure encore aujourd'hui l'héritage laissé par les grandes figures de cette génération. Mais la jeune femme écoute déjà d'autres voix : les protest singers américains, Bob Dylan et Joan Baez, ou le rhythm and blues d'Otis Redding et Wilson Pickett. En novembre 1963, elle pose pour le tout premier numéro du magazine de charme « Lui », dont la couverture est signée par son mari, le photographe Serge Beauvarlet. À la manière d'autres chanteuses françaises à la carrière méconnue, elle refuse de se laisser enfermer dans une image, et cherche un chemin plus personnel que celui des variétés.
Le fait marquant : en 1980, la chanson « Faut plus me la faire » devient le tout premier disque d'or de Virgin France, la maison de disques de Richard Branson qui ouvre alors ses bureaux à Paris. Un symbole : une artiste longtemps discrète offre à la firme britannique son premier succès populaire sur le sol français.
Que représente sa « parenthèse enchantée » hippie ?
L'après-Mai 68 marque une rupture nette. Valérie Lagrange abandonne l'industrie du spectacle qu'elle ne réintégrera jamais tout à fait. Elle parle elle-même d'une « parenthèse enchantée » : la vie communautaire, les festivals psychédéliques d'Amougies et de l'île de Wight, les voyages initiatiques. En 1972, elle part en Papouasie-Nouvelle-Guinée tourner « La Vallée » de Barbet Schroeder, film emblématique du mouvement hippie. De retour, elle est l'une des têtes d'affiche du premier festival de Bièvres, aux côtés d'un jeune Maxime Le Forestier. Elle se reconnaît alors comme une « sœur spirituelle » de Jack Kerouac. Ces années sont aussi celles de rencontres décisives : le guitariste Louis Bertignac, le futur chanteur de Téléphone Jean-Louis Aubert, et surtout le guitariste anglais Ian Jelfs, qui deviendra le compagnon de sa vie. Le trio partage un temps un appartement à la Bastille appartenant à la famille du futur DJ David Guetta, dont on suit aujourd'hui les proches devenus à leur tour des figures publiques. Cette effervescence rejoint celle qui traverse alors tous les arts, de la musique à l'explosion visuelle de l'op art.
Que reste-t-il de son tube « Faut plus me la faire » ?
Le retour de Valérie Lagrange au premier plan passe par le rock. En 1979, grâce à l'éditeur Philippe Constantin, ses maquettes et celles d'Ian Jelfs arrivent chez Virgin à Londres. Le contrat est signé le 13 juillet 1979 : ce sera la première production française de la maison. L'album « Valérie Lagrange » sort en mars 1980, enregistré à Londres avec le groupe The Sinceros et produit par Mike Howlett, bassiste de Gong. La chanson « Faut plus me la faire » devient un tube, porté par un solo de Steve Hillage, autre membre de Gong. Le disque, salué par la critique, décroche le disque d'or. Comme d'autres artistes marqués par un tube unique, Valérie Lagrange reste souvent réduite à ce seul titre, alors qu'elle signera plus de vingt disques. Fidèle à ses engagements, elle est aussi à l'origine, en 1985, du disque « SOS Éthiopie » du collectif Chanteurs sans frontières mené par Renaud. Son écriture, proche de la new wave de l'époque, la rapproche de ces groupes new wave des années 1980 qui cherchaient un son neuf, loin de la variété.
Pourquoi le nom de Valérie Lagrange revient-il aujourd'hui ?
Si le nom de Valérie Lagrange ressurgit, c'est d'abord par la force de son histoire et des archives qui circulent. La fin des années 1980 est tragique : le 13 décembre 1989, son compagnon Ian Jelfs sombre dans un coma après une absorption massive d'alcool et de calmants, et se réveille tétraplégique et muet. Elle se consacre alors à sa rééducation. Son retour à la chanson, dans les années 2000, se fait avec l'aide de Benjamin Biolay, avec qui elle coécrit l'album « Fleuve Congo », paru en 2003. L'année suivante, en février 2004, elle est nommée aux Victoires de la musique comme artiste féminine de l'année. Elle publie aussi un livre de mémoires, « Mémoires d'un temps où l'on s'aimait », qu'elle vient présenter à Thierry Ardisson dans l'entretien visible plus haut. En 2009, elle épouse enfin Ian Jelfs. Aujourd'hui, son parcours parle à un public qui redécouvre ces artistes ayant tracé leur route à part, loin des logiques de carrière, à l'image d'autres chanteurs français revenus sur scène après une longue éclipse.
Questions fréquentes
Que fait Valérie Lagrange aujourd'hui ?
Valérie Lagrange, née en 1942, s'est peu à peu éloignée de la lumière après une longue carrière d'actrice puis de chanteuse. À partir des années 2000, elle est revenue ponctuellement à la musique, notamment avec l'album « Fleuve Congo » (2003) coécrit avec Benjamin Biolay, qui lui a valu une nomination aux Victoires de la musique en 2004. Elle a aussi publié un livre de mémoires, « Mémoires d'un temps où l'on s'aimait ». Depuis, elle mène une vie très discrète, fidèle au retrait des projecteurs qui caractérise son parcours depuis Mai 68. Son nom ressurgit surtout au fil des rééditions et des archives télévisées.
Pourquoi Valérie Lagrange a-t-elle quitté le cinéma ?
Après Mai 68, Valérie Lagrange abandonne l'industrie du spectacle qu'elle ne réintégrera jamais vraiment. Elle-même parle d'une « parenthèse enchantée » : le temps de la vie communautaire, des festivals psychédéliques et des voyages hippies. Elle part notamment en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour tourner « La Vallée » de Barbet Schroeder en 1972, film emblématique du mouvement. Ce choix de vie, à contre-courant d'une carrière alors prometteuse au cinéma après « Un homme et une femme » de Claude Lelouch, marque une rupture profonde. Elle ne reviendra au premier plan que dans les années 1980, mais par la chanson rock plutôt que par le cinéma.
Quelle est la chanson la plus connue de Valérie Lagrange ?
Sa chanson la plus connue est « Faut plus me la faire », sortie en 1980 sur l'album « Valérie Lagrange ». Ce titre devient un succès populaire et le premier disque d'or de Virgin France, tout juste installée à Paris. L'album est enregistré à Londres avec le groupe The Sinceros et produit par Mike Howlett, bassiste de Gong, tandis que le solo de guitare est joué par Steve Hillage. La chanson signe le retour de Valérie Lagrange sur le devant de la scène, cette fois dans un registre rock, après ses années yéyé et sa longue parenthèse hippie.
Sources
- Wikipédia, « Valérie Lagrange », encyclopédie collaborative, consulté en 2026.
- INA (Institut national de l'audiovisuel), « Interview biographie de Valérie Lagrange », entretien avec Thierry Ardisson, archive vidéo.
- Valérie Lagrange, « Mémoires d'un temps où l'on s'aimait », récit autobiographique.
- Album « Fleuve Congo », Valérie Lagrange, coécrit avec Benjamin Biolay, 2003.
