Double Island : l'île des stars que l'Australie a reprise à son milliardaire

Petite île tropicale aux deux collines boisées dans une mer turquoise au large d'une plage bordée de palmiers du Queensland, lumière dorée, aucune présence humaine

Quiz : connaissez-vous l'histoire de Double Island ?

Combien Benny Wu a-t-il payé le bail de Double Island en 2012 ?

L'homme d'affaires de Hong Kong a racheté le bail de l'île pour 5,68 millions de dollars australiens en 2012, alors que le resort était florissant. Sept fois moins que les 40 millions que va coûter sa résurrection.

Jusqu'à quelle année courait le bail signé sur l'île ?

Le contrat signé via la société Fortune Island Holding Company courait jusqu'en 2099. Le gouvernement du Queensland l'a pourtant résilié dès juin 2024, faute d'entretien de l'île.

Quand les premiers visiteurs pourront-ils retourner sur Double Island ?

La première phase du projet du Morris Group prévoit un ponton, un bar-restaurant de plage et des sentiers de randonnée, avec un accueil des premiers visiteurs annoncé pour décembre 2027. Les 24 villas de luxe, elles, n'arriveront qu'en 2029.

Une île tropicale de la Grande Barrière de corail, fréquentée jadis par Jennifer Aniston et Keanu Reeves, est restée fermée et à l'abandon pendant treize ans, à 1,5 kilomètre seulement d'une plage australienne très fréquentée. Le gouvernement du Queensland a fini par reprendre Double Island à son propriétaire, un milliardaire de Hong Kong, en résiliant en juin 2024 un bail qui courait pourtant jusqu'en 2099. L'île, posée au large de Palm Cove, à une trentaine de kilomètres au nord de Cairns, doit rouvrir au public en décembre 2027, avant d'accueillir en 2029 un resort de 24 villas porté par un investissement de 40 millions de dollars australiens. Derrière ce fait divers immobilier se cache une histoire que les brochures de la Grande Barrière ne racontent jamais : celle des îles paradisiaques qu'on laisse pourrir.

Une île de 25 terrains de football fréquentée par Hollywood

Plantons le décor. Double Island, c'est un confetti de 17,8 hectares, l'équivalent d'environ 25 terrains de football, posé dans la mer de Corail face à Palm Cove, une station balnéaire chic du Tropical North Queensland, au nord-est de l'Australie. Son nom vient de sa silhouette : deux collines boisées qui émergent de l'eau turquoise. Depuis la plage, on la touche presque : 1,5 kilomètre, une distance qu'un bon nageur couvre en une demi-heure.

Dans ses grandes années, le resort de l'île comptait parmi les plus réputés d'Australie. Sa clientèle venait du monde entier, et pas n'importe laquelle : les acteurs Jennifer Aniston et Keanu Reeves ont fréquenté les lieux, à l'époque où les célébrités cherchaient des refuges discrets plutôt que des palaces à prix cassés à Bangkok. Une île privée pour stars, à dix minutes de bateau d'une plage publique : le « coin secret » le moins bien caché d'Australie, mais il faut croire que ça fonctionnait.

2012 : un milliardaire achète le paradis, puis l'oublie

En 2012, l'homme d'affaires de Hong Kong Benny Wu rachète le bail de l'île pour 5,68 millions de dollars australiens, via sa société Fortune Island Holding Company. Le contrat court jusqu'en 2099. Oui, j'ai vérifié deux fois : 2099. Il restait 87 années de bail. On a connu des locations de vacances plus courtes.

À la reprise, l'affaire est florissante. Tony Richards, un homme d'affaires local qui connaît l'île de longue date, le résume sans détour : « Quand elle a été reprise en 2012, c'était une entreprise prospère. Rien n'y a été fait depuis, pas une seule amélioration. » Les années passent, et le paradis se décompose en silence. Les photos révélées par la presse australienne montrent des tentes safari couvertes de moisissure, des chaises en plastique éparpillées, du matériel de sport abandonné dans les salles. Au fond de la piscine, jadis cœur social du resort, il ne restait qu'une vase verdâtre. Pour un établissement de standing, l'avis client s'annonçait sévère.

L'ultimatum : quand un État reprend une île

Et c'est là que l'histoire devient fascinante. Car en Australie, une île touristique n'est pas un bien comme un autre : c'est un bail d'État, assorti d'obligations. Le gouvernement du Queensland, lassé de voir dépérir ce que l'élu local Michael Healy, député de Cairns, qualifiait d'atout emblématique de la région, pose un ultimatum : remettre les installations en état et rouvrir l'île au public. La date limite, fixée à mars 2023, expire sans résultat. Les organisations touristiques régionales réclament alors ouvertement le retrait du bail.

La suite est expéditive. En juin 2024, le bail est résilié et le gouvernement reprend la gestion de l'île. L'ancien site du resort est même converti en pleine propriété de l'État, un changement de statut foncier qui permet de négocier de nouvelles conditions commerciales. Puis, entre août et septembre 2024, l'État organise une consultation où habitants, commerçants et représentants des Premières Nations viennent dire ce qu'ils veulent pour l'île. On pense aux îles Féroé, qui ferment leurs sites pour mieux les rouvrir : ici aussi, la puissance publique a décidé de reprendre la main sur son patrimoine touristique.

Un cas loin d'être isolé sur la Grande Barrière

Ce que ce feuilleton révèle, c'est un phénomène que l'imagerie des lagons masque soigneusement : la Grande Barrière de corail compte plusieurs resorts insulaires à l'abandon. Sur Great Keppel Island, plus au sud, six baux touristiques ont été résiliés en avril 2023, selon la même mécanique juridique. Des pontons rouillés, des bungalows vides, des piscines mortes, à quelques encablures des récifs les plus célèbres du monde.

On croit la côte nord-est australienne saturée de complexes hôteliers rutilants, et on découvre des îles fantômes. Le décalage entre l'image et la réalité d'une destination n'est jamais une exception : le Japon qu'on dit submergé de touristes en perd depuis des mois, et le Bénin a transformé un patrimoine caricaturé en premier produit touristique. Les destinations vivent, chutent et renaissent. Double Island, elle, a eu la chance de retomber entre les mains du seul propriétaire impossible à décourager : l'État lui-même.

40 millions pour une résurrection en deux temps

Passons au concret. À l'issue d'un appel d'offres piloté avec l'agence de commercialisation hôtelière CBRE Hotels, c'est le Morris Group, un groupe familial australien déjà propriétaire de plusieurs adresses touristiques dans le nord du Queensland, qui remporte l'exploitation de l'île. Montant annoncé de l'investissement : 40 millions de dollars australiens, sept fois le prix payé pour le bail en 2012.

Le plan se déroule en deux temps. Première phase : un nouveau ponton, un bar-restaurant de plage et des sentiers de randonnée, pour des excursions à la journée dès décembre 2027. Deuxième phase : la Double Island Lodge, annoncée pour 2029, avec 24 villas de luxe réparties sur six secteurs de plage, une piscine, un spa, une salle de sport, un Sunset Bar niché entre les deux collines et un restaurant de 100 couverts ouvert aux mariages et aux séminaires. Le luxe qui s'installe dans des lieux à forte identité plutôt que dans des tours anonymes, c'est la même logique qui pousse un géant hôtelier mondial à s'implanter dans un village d'huîtres de l'Hérault. « Nous voulions nous assurer que chaque étape de ce projet soit bien accueillie par la communauté locale », explique Chris Morris, dirigeant du groupe.

Ce que ça change pour un voyageur

Détail qui mérite qu'on s'y arrête : la première clientèle visée n'est pas l'Européen en voyage de noces, mais l'habitant de Cairns et le visiteur déjà présent dans la région. L'excursion à la journée avant les villas, le bar de plage avant le spa. Une stratégie qui rappelle que les destinations solides se construisent d'abord sur leur clientèle de proximité, comme l'Ouzbékistan, dont 74 % des touristes viennent des pays voisins, ou comme le Canal du Midi, où 3 visiteurs sur 4 ne sont pas français, à front renversé.

Pour un voyageur français, l'équation est simple. La porte d'entrée reste l'aéroport de Cairns, accessible depuis l'Europe avec escale, dans un ciel où les routes aériennes se recomposent et où chaque escale se monnaye. De là, une trentaine de minutes de route vers le nord mènent à Palm Cove, sa plage bordée de palmiers, et cette silhouette à deux bosses qu'on regardera différemment en connaissant son histoire. Dès décembre 2027, on pourra y poser le pied à la journée, dates et liaisons à vérifier avant votre départ. Et si les 24 villas de 2029 visent le très haut de gamme, souvenons-nous que le visiteur qui reste rapporte bien plus que celui qui passe : c'est exactement le pari que fait l'Australie en ressuscitant son île aux stars.

Questions fréquentes sur Double Island

Peut-on visiter Double Island aujourd'hui ?

Pas encore. L'île est fermée au public depuis treize ans et le restera jusqu'à la fin des premiers travaux. La première phase du projet de relance prévoit la construction d'un nouveau ponton, l'ouverture d'un bar-restaurant de plage et l'aménagement de sentiers de randonnée, avec un accueil des premiers visiteurs annoncé pour décembre 2027. Il s'agira d'abord d'excursions à la journée, accessibles aussi bien aux habitants de la région de Cairns qu'aux voyageurs de passage dans le Tropical North Queensland. L'hébergement sur place, lui, n'arrivera qu'en 2029 avec la Double Island Lodge et ses 24 villas. D'ici là, l'île se contemple depuis la plage de Palm Cove, à 1,5 kilomètre en face. Les dates exactes d'ouverture restent à vérifier avant votre départ.

Pourquoi Double Island est-elle restée fermée pendant treize ans ?

Parce que son locataire ne l'a tout simplement pas entretenue. En 2012, l'homme d'affaires de Hong Kong Benny Wu a racheté le bail de l'île pour 5,68 millions de dollars australiens, via sa société Fortune Island Holding Company, avec un contrat courant jusqu'en 2099. Le resort, alors florissant, n'a ensuite reçu aucune amélioration : les photos révélées par la presse australienne montraient des tentes safari couvertes de moisissure, une piscine vidée et du matériel de sport abandonné. Le gouvernement du Queensland a fini par poser un ultimatum, expiré en mars 2023, puis a résilié le bail en juin 2024 et repris la gestion de l'île. Un appel d'offres a ensuite désigné le groupe australien Morris Group pour la faire renaître.

Où se trouve Double Island et comment s'y rendra-t-on ?

Double Island se situe à 1,5 kilomètre au large de Palm Cove, une station balnéaire posée à une trentaine de kilomètres au nord de Cairns, dans le Tropical North Queensland, au nord-est de l'Australie. C'est une petite île de 17,8 hectares, reconnaissable à ses deux collines couvertes de forêt, d'où son nom. L'accès se fera par bateau depuis la côte, le projet de relance prévoyant justement un nouveau ponton pour accueillir les visiteurs à la journée. La porte d'entrée internationale de la région reste l'aéroport de Cairns, desservi depuis l'Europe avec escale. Comptez ensuite une trentaine de minutes de route vers le nord pour rejoindre Palm Cove. Horaires et liaisons maritimes seront précisés à l'ouverture, à vérifier avant votre départ.

Pour aller plus loin

  • Gouvernement du Queensland, ministère des Ressources naturelles, page officielle consacrée au devenir de Double Island
  • Tourism and Events Queensland, office de tourisme officiel de l'État du Queensland
  • Tourism Australia, office national du tourisme australien

Cet article est fourni à titre informatif. Les prix, horaires et conditions de voyage mentionnés peuvent évoluer rapidement. Vérifiez toujours les informations directement auprès des organismes officiels et de votre agence avant de réserver.