Locations de vacances : la France en tête d'Europe, Paris pèse 12 %
Quiz : que savez-vous des locations de vacances en Europe ?
Quel pays a totalisé le plus de nuitées réservées via les plateformes de location en 2025 ?
Quelle région européenne arrive en tête pour ce type d'hébergement ?
Dans quel pays juillet et août concentrent-ils le plus lourdement l'année ?
La France est le premier pays d'Europe pour les locations de vacances réservées en ligne : 213 millions de nuitées en 2025, devant l'Espagne (189 millions) et l'Italie (139 millions), selon les données publiées par l'office statistique européen à partir des chiffres transmis par les grandes plateformes de réservation. Mais Paris n'y pèse que 26,3 millions de nuitées, soit à peine 12 % du total français : la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, avec 33,5 millions, fait nettement mieux que la capitale à elle seule. Autrement dit, le débat français sur la location touristique se joue à Paris, alors que neuf nuitées sur dix se passent ailleurs. Voici ce que disent vraiment ces chiffres, et les trois pièges de lecture qu'ils tendent.
La France devant l'Espagne : de combien exactement ?
Commençons par poser les chiffres, parce qu'ils sont têtus. En 2025, les voyageurs ont réservé 951,6 millions de nuitées-voyageur dans des logements de vacances proposés via les plateformes en ligne, dans l'Union européenne et les pays de l'Association européenne de libre-échange. Cela représente 2,61 millions de personnes couchées chaque nuit dans une location, en moyenne annuelle. La population de Paris, Lyon et Marseille réunies, tous les soirs, dans des appartements loués.
La France pèse 213 millions de ces nuitées. Plus d'un cinquième du total européen. Derrière, l'Espagne compte 189 millions, l'Italie 139 millions, l'Allemagne 68 millions et la Grèce 52 millions. Viennent ensuite le Portugal (50 millions), la Pologne (44), la Croatie (42), l'Autriche (25), puis la Belgique et la Hongrie (13 chacune), la Tchéquie et les Pays-Bas (12), la Suisse (11) et la Roumanie (10).
Et c'est là que ça devient intéressant. Sur le nombre de réservations, la France domine encore plus nettement : 20,4 millions de séjours, contre 12,8 millions pour l'Espagne et 12,7 millions pour l'Italie. Ces trois pays concentrent à eux seuls plus de la moitié des réservations européennes. Rapporté au temps, ça donne 162 réservations par minute à l'échelle du continent, soit 234 000 par jour. Le temps de lire ce paragraphe, une centaine de personnes ont bloqué un studio quelque part entre Lisbonne et Tallinn.
Pourquoi Paris ne représente que 12 % du total français
Voilà le chiffre qui surprend. Paris est bien la première ville d'Europe pour ce type d'hébergement, avec 26,3 millions de nuitées-voyageur en 2025, l'équivalent de 72 000 personnes logées chaque nuit dans la capitale. Rome suit avec 18,8 millions, Barcelone 13,2, Madrid 12,3 et Lisbonne 11,6.
Faisons la division, elle tient en une ligne. Paris : 26,3 millions de nuitées. France entière : 213 millions. Les deux chiffres sortent du même jeu de données européen, avec la même définition. Résultat : 12,3 %. Douze pour cent. Près de neuf nuitées françaises sur dix se passent hors de Paris.
Ce n'est pas une nuance de statisticien. C'est un décalage de perception massif. Quand on parle location de vacances en France, on pense immeuble haussmannien, boîtes à clés sur les grilles et copropriétés remontées. Les chiffres, eux, racontent des mas, des chalets, des maisons de bord de mer et des hébergements de plein air disséminés sur tout le territoire. Le même écart de perception frappe d'ailleurs le Canal du Midi, dont on croit connaître le public.
La vraie carte : l'Andalousie devant tout le monde
Passons à l'échelle régionale, parce que c'est là que la carte se redessine vraiment. L'Union européenne se découpe en 242 régions statistiques. En 2025, les vingt premières ont chacune dépassé 11 millions de nuitées-voyageur, et elles concentrent à elles seules 47,1 % du total. Presque la moitié du continent tient dans vingt cases.
Le podium ? L'Andalousie en tête avec 50,3 millions de nuitées, la Croatie adriatique deuxième avec 39,5 millions, et Provence-Alpes-Côte d'Azur troisième avec 33,5 millions. Ces trois régions pèsent 13 % du total européen. Retenez bien la troisième : la Provence, à elle seule, dépasse Paris de sept millions de nuitées.
Le reste du classement dessine un arc net : six régions espagnoles, six françaises, cinq italiennes, deux portugaises et une croate. Pas une seule région allemande, polonaise ou scandinave dans le haut du tableau, alors que l'Allemagne est le quatrième pays du classement national. Traduction géographique : en Allemagne, la location de vacances est répartie, tandis qu'en Espagne et en France elle se concentre sur des littoraux précis. La Galice et ses cinq cents kilomètres de côte sans pèlerins illustrent l'autre face de cette carte espagnole : tout n'y est pas saturé, loin de là.
Juillet et août : la Croatie à 57 %, le Luxembourg à 22 %
Un tiers de l'année européenne tient dans deux mois. Précisément 33,1 % des nuitées de 2025 sont tombées en juillet (15,7 %) et août (17,5 %). Les mois les plus calmes, janvier, février, mars et novembre, pèsent chacun entre 4 et 5 % de l'année.
Mais cette moyenne cache des situations opposées. En Croatie, 57 % des nuitées de l'année se concentrent sur juillet et août. Plus de la moitié de l'activité annuelle en soixante-deux jours. Suivent la Slovénie (45 %), la Suède (44 %) et la Grèce (43 %). À l'inverse, le Luxembourg reste à 22 %, la Finlande à 23 %, et la Tchéquie, l'Autriche et la Belgique à 25 % chacune.
Cette saisonnalité extrême explique bien des choses qu'on met souvent sur le compte du mauvais caractère des habitants. Un pays qui gagne l'essentiel de ses revenus touristiques en deux mois construit pour deux mois, embauche pour deux mois, et dort le reste de l'année. Le même phénomène joue en sens inverse en Laponie, où le pic est hivernal, et il pousse la montagne française à réinventer son été.
Autre indice de style de séjour : le nombre moyen de nuitées-voyageur par réservation. Malte arrive en tête avec 21, devant Chypre (18), la Croatie et l'Espagne (15 chacune) et le Portugal (14). En Estonie, en Lituanie et en Lettonie, on tombe à 6. Grandes tablées méditerranéennes d'un côté, courts séjours baltes à deux de l'autre.
Le mot « nuitée » ne veut pas dire ce que vous croyez
Bon. Maintenant qu'on a la carte, il faut parler du piège, parce qu'il est redoutable et que presque tout le monde tombe dedans.
Une nuitée-voyageur compte chaque personne, chaque nuit. Prenons l'exemple donné par les statisticiens eux-mêmes : une famille de quatre qui passe trois nuits dans un appartement, c'est une réservation, trois nuits d'occupation du logement, et douze nuitées-voyageur. Le même séjour vaut donc 1, 3 ou 12 selon la colonne qu'on lit.
C'est cette dernière mesure, la plus grosse, qui sert d'indicateur principal dans les publications européennes. Voilà pourquoi les totaux atteignent des centaines de millions et pourquoi certains commentaires s'affolent. En 2025, une réservation européenne valait en moyenne onze nuitées-voyageur. Confondre les deux revient à multiplier ou diviser un chiffre par onze sans s'en apercevoir, ce qui reste une belle marge d'erreur pour un article de presse.
Tenez, un repère utile : 62,2 % de ces nuitées, soit 591,7 millions, sont le fait de voyageurs étrangers au pays visité. Dans trois pays, le Liechtenstein, l'Islande et Malte, cette part atteint ou dépasse 96 %. La location de vacances y est presque exclusivement une affaire d'étrangers, comme le tourisme turc réserve lui aussi sa part de surprises statistiques.
Pourquoi ces chiffres ne s'additionnent à rien d'autre
Deuxième piège, et celui-là est écrit noir sur blanc dans la note méthodologique : ces données ne peuvent pas être combinées avec les autres statistiques touristiques, hôtels, campings ou locations comptées autrement. Un même logement peut apparaître dans deux comptages. Additionner les séries produit un total faux, et personne ne s'en rend compte parce que le résultat a l'air raisonnable.
Ces statistiques sont d'ailleurs classées comme expérimentales, c'est-à-dire fondées sur des sources nouvelles qui n'ont pas encore atteint le statut de statistique officielle mature. Elles existent grâce à un accord conclu en mars 2020 entre la Commission européenne et les plateformes, qui transmettent depuis leurs volumes de façon harmonisée. Détail qui compte pour comparer 2024 et 2025 : l'édition 2025 ne couvre plus que trois plateformes au lieu de quatre, l'une d'elles ayant quitté ce métier fin 2024. La hausse de 11,4 % sur un an est donc obtenue avec un acteur de moins.
Chaque pays complète par sa propre méthode, et les résultats ne se superposent pas. L'institut statistique espagnol, par exemple, compte les logements touristiques deux fois par an, en mai et en novembre, en relevant automatiquement les annonces des trois plateformes les plus utilisées dans le pays, puis en supprimant les doublons d'un logement affiché sur plusieurs sites à la fois. Il mesure des logements et des lits ; l'office européen mesure des nuits vendues. Deux thermomètres, deux échelles, et aucune addition possible entre les deux.
Ce que ça change quand vous réservez
Passons au concret. Premier enseignement : si vous cherchez une location dans les vingt régions les plus demandées d'Europe, l'Andalousie, la côte croate, la Provence, la Toscane ou l'Algarve, vous jouez contre 47 % du continent. Réserver tard y coûte cher, surtout en juillet et août.
Deuxième enseignement, plus utile encore : la concentration extrême de l'été laisse dix mois d'espace. Un pays à 57 % de saisonnalité comme la Croatie est, mécaniquement, vide et bon marché de septembre à juin. Les pays à faible saisonnalité, eux, ne vous offriront pas cet écart : en Autriche ou en Belgique, le mois de juin ressemble beaucoup au mois d'octobre côté remplissage.
Troisième enseignement : la croissance ne se répartit pas uniformément. En 2025, Rome a progressé de 19,7 % sur un an, Paris de 11,9 % et Milan de 11,2 %. Côté pays, la Pologne (+13,8 %) et l'Allemagne (+13,0 %) ont grimpé plus vite que la moyenne européenne, l'Espagne (+11,1 %) et la France (+10,5 %) restant proches d'elle. Les destinations qui montent le plus vite ne sont pas toujours celles qu'on croit, et certaines îles font le choix inverse en fermant volontairement leurs portes ou en plafonnant le nombre de visiteurs.
Dernier point, et il vaut pour toute lecture de chiffres touristiques : un total national ne dit rien d'un lieu précis. La France est championne d'Europe, et pourtant des vallées entières y voient passer trois voitures par jour. Les prix, disponibilités et règles locales de location changent vite, y compris d'une commune à l'autre : à vérifier avant votre départ, systématiquement.
Questions fréquentes sur les locations de vacances en Europe
La France est-elle vraiment le premier pays européen pour la location de vacances ?
Oui, pour les nuitées réservées via les grandes plateformes de réservation en ligne. En 2025, la France a totalisé 213 millions de nuitées-voyageur de ce type, soit plus d'un cinquième du total de l'Union européenne et des pays de l'Association européenne de libre-échange. L'Espagne suit avec 189 millions, l'Italie avec 139 millions, l'Allemagne avec 68 millions et la Grèce avec 52 millions. La France mène aussi au nombre de réservations, avec 20,4 millions de séjours contre 12,8 millions pour l'Espagne et 12,7 millions pour l'Italie. Attention toutefois : ce classement ne porte que sur les logements loués via ces plateformes, jamais sur les hôtels ni les campings.
Qu'est-ce qu'une nuitée-voyageur, et pourquoi le chiffre paraît-il si gros ?
Une nuitée-voyageur compte chaque personne, chaque nuit. Une famille de quatre qui passe trois nuits dans un appartement représente une seule réservation, trois nuits d'occupation du logement, mais douze nuitées-voyageur. C'est cette dernière mesure qui sert d'indicateur principal dans les statistiques européennes, et c'est pour cette raison que les totaux atteignent des centaines de millions. En 2025, une réservation européenne correspondait en moyenne à onze nuitées-voyageur. Confondre cette mesure avec le nombre de nuits ou avec le nombre de vacanciers conduit à multiplier ou diviser un chiffre par trois ou quatre sans s'en rendre compte.
Peut-on additionner ces chiffres à ceux des hôtels pour connaître le total du tourisme ?
Non, et c'est écrit noir sur blanc dans la note méthodologique européenne : ces données ne peuvent pas être combinées avec les autres statistiques touristiques sur les locations de vacances ou les séjours hôteliers, en raison de possibles doublons. Un même logement peut apparaître dans deux comptages différents. Les statistiques issues des plateformes sont d'ailleurs classées comme expérimentales, c'est-à-dire fondées sur des sources nouvelles qui n'ont pas encore le statut de statistique officielle mature. Elles servent à mesurer une tendance et des rapports de force entre territoires, pas à établir un total général du tourisme.
Pour aller plus loin
- Office statistique de l'Union européenne, article sur les hébergements de courte durée proposés via les plateformes collaboratives, données extraites en juin 2026
- Office statistique de l'Union européenne, séries de données sur les nuitées-voyageur par pays, par région et par ville, exercice 2025
- Commission européenne, accords de partage de données conclus en mars 2020 avec les plateformes de réservation en ligne
- Instituto Nacional de Estadística (Espagne), statistique expérimentale de mesure des logements touristiques et de leur capacité
- Nomenclature européenne des unités territoriales statistiques, découpage en 242 régions
Cet article est fourni à titre informatif. Les prix, horaires et conditions de voyage mentionnés peuvent évoluer rapidement. Vérifiez toujours les informations directement auprès des organismes officiels et de votre agence avant de réserver.
