Espagne : elle reçoit un record de touristes et voyage plus que jamais

Côte méditerranéenne espagnole au lever du soleil, village blanc aux toits de terre cuite au-dessus d'une mer turquoise, montagnes au loin

Quiz : connaissez-vous les deux visages de l'Espagne ?

Combien de visiteurs internationaux l'Espagne a-t-elle accueillis en 2025 ?

96,8 millions de visiteurs, un record historique en hausse de 3,2 % sur un an, selon l'Institut national de la statistique d'Espagne. Le pays reste la deuxième destination mondiale, juste derrière la France.

À quel rang mondial l'Espagne se classe-t-elle pour les dépenses de ses habitants en voyages à l'étranger ?

9e mondial en 2025, contre 11e un an plus tôt, avec 39,3 milliards de dollars dépensés à l'étranger. L'Espagne n'est pas qu'une destination : c'est aussi un gros pays de départ.

Quel pays dépense le plus au monde en voyages internationaux ?

La Chine, avec 254 milliards de dollars en 2025, loin devant les États-Unis et l'Allemagne. Mais ce montant progresse à peine depuis 2019 : les grands voyageurs chinois ne sont pas revenus au niveau d'avant.

On connaît l'Espagne comme le pays que le monde entier vient visiter. En 2025, elle a battu son propre record avec 96,8 millions de visiteurs internationaux, en hausse de 3,2 % sur un an, selon l'Institut national de la statistique d'Espagne. Mais un second chiffre, publié par l'Organisation mondiale du tourisme, raconte l'autre moitié de l'histoire, et presque personne ne la lit en France : la même année, les Espagnols ont dépensé 39,3 milliards de dollars pour voyager à l'étranger, ce qui place leur pays au 9e rang mondial des plus gros marchés de départ, contre la 11e place un an plus tôt. Autrement dit : le pays le plus visité d'Europe après la France n'a jamais eu autant envie de partir voir ailleurs. Voici pourquoi ce double record change la façon de comprendre le tourisme.

Le chiffre que personne ne regarde : l'Espagne, 9e voyageuse du monde

Quand la presse française parle de l'Espagne touristique, elle montre toujours la même chose : des plages bondées sur la Costa Brava, la pression sur Barcelone, les manifestations d'habitants excédés par la foule. Le récit est celui d'un pays submergé par ceux qui arrivent. Et c'est vrai. Mais c'est la moitié du tableau.

L'autre moitié tient dans un classement publié chaque année par l'Organisation mondiale du tourisme, l'agence des Nations unies désormais appelée ONU Tourisme. Ce classement ne mesure pas qui reçoit le plus de visiteurs, mais qui dépense le plus pour en envoyer. On appelle ça les marchés émetteurs. Et sur cette liste, l'Espagne vient de gagner deux places d'un coup, passant de la onzième à la neuvième position, avec 39,3 milliards de dollars dépensés par ses citoyens en voyages à l'étranger sur l'année 2025.

Tenez, regardez ce chiffre un instant. Un pays qu'on décrit comme une destination, un lieu qu'on subit du dehors, se retrouve parmi les dix peuples qui voyagent le plus au monde. Ce n'est pas un détail statistique : c'est le portrait d'une société qui a changé. Le même angle mort que celui qu'on observe pour l'Ouzbékistan, qui envoie 7,6 millions de ses habitants voyager tout en étant raconté comme une simple destination patrimoniale.

96,8 millions de visiteurs : le record qui cache l'autre record

Commençons par le côté connu, parce qu'il est spectaculaire. En 2025, l'Espagne a accueilli 96,8 millions de visiteurs internationaux, un sommet jamais atteint, en progression de 3,2 % par rapport à l'année précédente. Ces voyageurs y ont laissé plus de 134,7 milliards d'euros, un record de recettes lui aussi. Le pays confirme sa place de deuxième destination mondiale, juste derrière la France.

Et c'est là que ça devient intéressant. On pourrait croire qu'un pays qui reçoit près de cent millions de visiteurs a de quoi occuper ses habitants sur place. Un littoral parmi les plus courus de la planète, deux archipels ensoleillés, des villes qui font rêver le monde entier : pourquoi partir ? Eh bien justement, ils partent. Et de plus en plus. Le record d'arrivées et le record de départs ont eu lieu la même année, dans le même pays. Deux moteurs qui tournent à plein régime en sens inverse.

Ce paradoxe apparent a une explication simple : recevoir des touristes et en produire ne relèvent pas du tout du même ressort. Le premier dépend de ce qu'un pays offre : soleil, mer, patrimoine, prix. Le second dépend de ce que ses habitants peuvent se payer. Ce sont deux thermomètres différents. C'est le même écart de logique qui explique pourquoi la valeur d'un visiteur compte parfois plus que son nombre, comme lorsque Marseille a fini par préférer les croisiéristes qui dépensent aux passagers de passage.

Pourquoi un pays si visité a autant envie de partir

Bon. Maintenant qu'on a posé les deux chiffres, essayons de comprendre le mécanisme. Et pour ça, il faut sortir la carte, comme le ferait Jamy devant son écran géant.

L'Espagne occupe la plus grande partie de la péninsule Ibérique, ce grand bloc de terre qui ferme l'ouest de la Méditerranée et regarde à la fois l'Atlantique et l'Afrique. Ajoutez-y deux archipels : les îles Baléares, en pleine Méditerranée, et les îles Canaries, à plus de mille kilomètres au sud, au large des côtes marocaines. Un pays à la fois continental, méditerranéen et atlantique. Cette position explique déjà pourquoi le monde vient : presque tout le monde est à portée d'avion court.

Mais cette même position joue dans l'autre sens. Depuis Madrid ou Barcelone, une poignée d'heures de vol suffit pour atteindre le reste de l'Europe, le Maghreb, le Moyen-Orient, et une bonne partie de l'Amérique latine avec laquelle l'Espagne partage une langue. Un Espagnol qui veut voir du pays a le monde à sa porte. Et quand le pouvoir d'achat suit, la porte s'ouvre. C'est le même ressort qui a fait basculer une partie de la clientèle européenne, quand la Croatie saturée a vu ses visiteurs français glisser vers l'Albanie voisine.

Une classe moyenne qui a pris goût au départ

Le moteur profond, derrière le chiffre, c'est une société. Un marché émetteur puissant, ça ne se décrète pas : ça suppose une classe moyenne nombreuse, un revenu disponible qui grimpe, des congés, et surtout l'habitude de partir. L'Espagne coche désormais toutes ces cases. Ses habitants ne se contentent plus de recevoir les vacanciers des autres : ils prennent l'avion à leur tour, vers l'Europe, les Amériques, l'Asie.

Et il y a un effet miroir savoureux. Le pays qui a bâti une industrie touristique parmi les plus efficaces du monde, avec ses aéroports, ses compagnies, ses réseaux d'agences, met cette même machine au service de ses propres voyageurs. La logistique construite pour accueillir sert aussi à faire partir. On retrouve cette bascule dans les destinations qui apprennent à jouer sur plusieurs saisons et plusieurs publics, comme la Laponie finlandaise, estivale avant de devenir une star de l'hiver.

La Chine dépense sept fois plus, mais fait du surplace

Pour bien mesurer où se situe l'Espagne, il faut regarder le haut du classement. Et là, un nom écrase tous les autres : la Chine. En 2025, les voyageurs chinois ont dépensé 254 milliards de dollars à l'étranger, de très loin le premier marché émetteur du monde. Les États-Unis suivent en deuxième position, l'Allemagne en troisième.

Mais un détail contredit l'évidence. Ce montant chinois de 254 milliards ne dépasse que de 0,2 % le niveau de 2019, l'année d'avant la pandémie. Autrement dit : en valeur, les grands voyageurs chinois ne sont toujours pas revenus. Le géant fait du surplace pendant que d'autres, comme l'Espagne, grimpent. C'est la même réalité de fond que celle qui traverse le Japon, dont on répète qu'il est submergé alors qu'il perd des touristes chinois depuis plusieurs mois.

Ce que révèle la comparaison, c'est que le classement des marchés émetteurs bouge en profondeur. Les cartes se rebattent. Des pays de taille moyenne, portés par une classe moyenne dynamique, montent dans le tableau pendant que d'anciens mastodontes stagnent. L'Espagne, neuvième et en progression, appartient clairement au premier groupe. On observe la même montée de marchés émetteurs précis ailleurs, comme les Coréens devenus les premiers visiteurs étrangers à Da Nang. Et 39,3 milliards de dollars, ce n'est pas rien : c'est l'équivalent d'une petite puissance touristique à elle seule, mais dans le sens du départ.

Ce que ce double record dit du tourisme européen

Prenons un peu de hauteur. L'Espagne n'est pas un cas isolé, elle est un cas révélateur. Une bonne partie de l'Europe de l'Ouest fonctionne désormais dans les deux sens : elle reçoit énormément et elle envoie énormément. La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie sont à la fois des destinations majeures et de gros marchés de départ. Le vieux schéma qui séparait les pays « qu'on visite » des pays « qui visitent » ne tient plus.

Cette double casquette a une conséquence concrète pour le voyageur curieux. Elle signifie que les flux touristiques ne sont plus une flèche à sens unique du Nord riche vers le Sud ensoleillé, mais un immense brassage. Les Espagnols vont voir le monde pendant que le monde vient voir l'Espagne. On croise ce même brassage dans des logiques de fréquentation inattendues, comme l'Égypte dont les avions se sont remplis à la faveur des tensions régionales, ou dans le report de vacanciers qui fuient la foule vers des alternatives plus calmes, à l'image de Kajaani, la ville finlandaise qu'on dessert parce que la Laponie déborde.

Le revers : quand recevoir et partir tirent sur les mêmes ressources

Un mot de lucidité, tout de même. Un pays qui reçoit 96,8 millions de visiteurs et qui envoie en même temps des millions des siens à l'étranger fait tourner une machine énorme : aéroports saturés aux périodes de pointe, empreinte carbone des vols en hausse, tension immobilière dans les villes prisées. Barcelone, les Baléares et une partie du littoral connaissent déjà de vifs débats locaux sur la place laissée aux habitants face à la marée saisonnière. C'est le prix d'une circulation devenue continue, à mille lieues des mobilités douces qu'on redécouvre ailleurs, comme le réseau de canaux qui irrigue discrètement la France et le reste de l'Europe.

Les destinations méditerranéennes qui subissent le plus la pression commencent à réagir, entre encadrement des locations et régulation des flux, comme la Grèce autour du mont Olympe, où le classement au patrimoine mondial s'accompagne d'une crainte de surfréquentation. Le double record espagnol, aussi flatteur soit-il pour l'économie, pose exactement cette question : jusqu'où une même infrastructure peut-elle absorber ceux qui viennent et ceux qui partent ?

Ce qu'il faut retenir avant de comparer les pays touristiques

Passons au concret, à ce qu'un lecteur peut ramener de tout ça. La première leçon : un chiffre de tourisme ne veut rien dire tout seul. « L'Espagne, 96,8 millions de visiteurs », ça claque, mais ça ne décrit qu'une face de la pièce. Le vrai portrait d'un pays touristique tient dans le croisement de ce qu'il reçoit et de ce qu'il émet. Regarder les deux, c'est passer de la carte postale à la géographie réelle.

La deuxième leçon : méfiez-vous des devises et des périmètres. Les recettes de l'Espagne se comptent en euros, les dépenses de ses voyageurs à l'étranger se comptent en dollars dans le classement de l'ONU. On ne peut pas soustraire l'un de l'autre pour en tirer un solde. Ce qui compte ici, ce sont les tendances et les rangs : record d'arrivées d'un côté, montée de deux places au classement des départs de l'autre. Deux mouvements, pas un bilan comptable.

La troisième, enfin, vaut pour tout voyageur qui veut préparer sérieusement un séjour espagnol. Les prix, les disponibilités et l'affluence varient énormément selon la saison, la région et l'archipel visé. Le cœur de l'été concentre la foule sur les côtes et dans les grandes villes, quand le printemps et l'automne offrent un tout autre visage. Comme pour n'importe quelle destination très courue, les tarifs d'hébergement et de transport bougent vite : à vérifier avant votre départ auprès des sources officielles. Le même réflexe de prudence que l'on garde quand on planifie un été à la montagne en France, où 43 % des vacanciers vont l'été contre 30 % l'hiver.

Questions fréquentes sur le tourisme en Espagne

L'Espagne est-elle la première destination touristique du monde ?

Non, elle occupe la deuxième place mondiale derrière la France, mais elle a battu son propre record en 2025 avec 96,8 millions de visiteurs internationaux, soit une hausse de 3,2 % sur un an, selon l'Institut national de la statistique d'Espagne. Ces visiteurs y ont dépensé plus de 134,7 milliards d'euros sur l'année. La France reste en tête pour le nombre de visiteurs, mais l'Espagne la dépasse souvent sur les recettes touristiques, car ses visiteurs restent plus longtemps et dépensent davantage. Ce classement des arrivées est publié chaque année par l'Organisation mondiale du tourisme, aujourd'hui appelée ONU Tourisme. Les données annuelles définitives ne sont consolidées qu'au début de l'année suivante : à vérifier avant votre départ si le chiffre exact compte pour vous.

Pourquoi dit-on que l'Espagne est aussi un grand pays de départ ?

Parce qu'elle figure au neuvième rang mondial des pays qui dépensent le plus pour voyager à l'étranger, avec 39,3 milliards de dollars dépensés par ses habitants en 2025, contre une onzième place un an plus tôt, d'après les données d'ONU Tourisme. C'est ce qu'on appelle un marché émetteur : le pays n'est plus seulement une destination que l'on visite, il envoie aussi massivement ses propres habitants découvrir le monde. Ce double statut est le signe d'une classe moyenne au pouvoir d'achat solide et d'un réseau aérien dense. La Chine domine ce classement des dépenses avec 254 milliards de dollars, devant les États-Unis et l'Allemagne. L'Espagne, elle, progresse d'année en année dans le haut du tableau.

Quelle est la meilleure période pour visiter l'Espagne en évitant la foule ?

Le printemps, de la mi-avril à la mi-juin, et l'automne, de septembre à la mi-novembre, offrent le meilleur compromis entre climat agréable et affluence modérée dans la plupart des régions. Le cœur de l'été concentre l'essentiel des 96,8 millions de visiteurs sur les littoraux, les îles Baléares et les grandes villes comme Barcelone, où la pression touristique fait débat localement. L'intérieur du pays, l'Andalousie hors saison ou le nord atlantique restent nettement plus tranquilles. Les îles Canaries, elles, se visitent toute l'année grâce à leur climat doux. Les prix d'hébergement et de transport varient fortement selon la saison et la demande : à vérifier avant votre départ auprès des sources officielles.

Pour aller plus loin

  • Organisation mondiale du tourisme (ONU Tourisme), classement des marchés émetteurs et baromètre du tourisme mondial 2025
  • Institut national de la statistique d'Espagne (INE), statistique des mouvements touristiques aux frontières (Frontur) et enquête sur les dépenses touristiques (Egatur), année 2025
  • Eurostat, statistiques du tourisme dans l'Union européenne, arrivées et nuitées
  • Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, conseils aux voyageurs, fiche Espagne, entrée et séjour

Cet article est fourni à titre informatif. Les prix, formalités et conditions de voyage mentionnés peuvent évoluer rapidement. Vérifiez toujours les informations directement auprès des organismes officiels et de votre agence avant de réserver.