Salvador : 4,1 millions de visiteurs, la France hors du top 15

Plage de sable volcanique sombre en fin de journée, vagues d'écume déroulant vers le rivage, pointe rocheuse et palmiers sur la gauche, silhouette d'un volcan conique à l'horizon, lumière dorée

Quiz : connaissez-vous les chiffres du Salvador ?

Combien de visiteurs internationaux le Salvador a-t-il reçus en 2025 ?

4 123 892 exactement, selon l'organisme public salvadorien du tourisme. Pour un pays de la taille d'une région française, c'est considérable. Et c'est 56 % de plus qu'en 2019.

Comment la majorité de ces visiteurs entre-t-elle dans le pays ?

56 % arrivent par voie terrestre, 44 % par voie aérienne. On imagine des long-courriers, la réalité tient dans un poste-frontière avec le Guatemala ou le Honduras.

Quelle part des touristes du Salvador vient d'Europe ?

2 %, soit 75 518 personnes en 2025. Le Guatemala, à lui seul, en envoie quatorze fois plus. Et la France n'apparaît nulle part dans les quinze premiers marchés.

Le Salvador a enregistré 4 123 892 visiteurs internationaux en 2025, contre 2 638 550 en 2019, et ses recettes touristiques ont atteint 3 635 millions de dollars sur l'année. Une étude publiée en 2026 par l'agence publique espagnole du commerce extérieur le classe troisième pays au monde pour la croissance de ses arrivées internationales depuis 2019, et premier de tout l'hémisphère occidental. Et pourtant la France n'apparaît nulle part dans les quinze premiers marchés du pays : le quinzième, le Pérou, y envoie 8 691 voyageurs, donc les Français sont moins nombreux que cela. L'Europe entière pèse 2 % des touristes salvadoriens. Ce décalage n'a rien de mystérieux, et il a une date d'expiration : le 18 décembre 2026.

4,1 millions de visiteurs, mais combien de vrais touristes ?

Commençons par le mot lui-même, parce qu'il piège tout le monde. Un « visiteur » n'est pas forcément un touriste. Dans la comptabilité officielle, le touriste est celui qui dort au moins une nuit sur place ; l'excursionniste, lui, repart le jour même. C'est une distinction technique, et elle change tout à la lecture d'un chiffre. Nous avions déjà vu ce piège de près avec le cas turc, où un visiteur sur six n'est pas un touriste étranger.

Au Salvador, le partage est net : sur les 4 123 892 visiteurs de 2025, 3 436 713 sont des touristes, soit 83 %, et 687 179 des excursionnistes, soit 17 %. Le pays a donc bien accueilli trois millions et demi de personnes qui y ont passé au moins une nuit. Pour un territoire grand comme deux départements français, ce n'est pas anodin.

Les recettes suivent : 3 635 millions de dollars en 2025. Ramené au nombre de touristes, cela fait environ 1 058 dollars par séjour. Le chiffre colle avec ce que mesurent les enquêtes de terrain, soit 140 dollars dépensés par jour et par touriste, sur des séjours de sept à sept nuits et demie. Multipliez, vous tombez entre 980 et 1 078 dollars. Les deux méthodes se rejoignent, ce qui est plutôt bon signe pour la solidité des données.

Et la progression ne date pas d'hier. En 2024, le pays avait déjà compté 3 956 794 visiteurs, en hausse de 17 % sur un an, avec un mois de décembre record à 431 674 arrivées. 2025 ajoute 167 098 personnes à ce total. La courbe monte, régulièrement, depuis plusieurs années.

Le chiffre qui retourne l'histoire : 56 % arrivent par la route

Voici le fait qui m'a arrêté net, et qui explique tout le reste.

Sur les 4,1 millions de visiteurs de 2025, 56 % sont entrés par voie terrestre et 44 % par voie aérienne. Autrement dit : la majorité des gens qui font vivre le tourisme salvadorien arrivent en bus ou en voiture, par un poste-frontière. Pas dans un avion, pas depuis un autre continent. Le voisin d'à côté, qui vient passer le week-end.

Le classement des marchés le confirme sans détour. Les États-Unis arrivent en tête avec 1 280 355 touristes, soit 37 %. Puis le Guatemala, voisin du nord-ouest, avec 1 061 784, soit 31 %. Puis le Honduras, voisin du nord-est, avec 578 978, soit 17 %. À eux trois : 85 % du total. Le Nicaragua suit avec 113 338, le Canada avec 65 551, le Mexique avec 51 050.

Regroupés par grandes régions, les chiffres sont encore plus parlants. L'Amérique centrale et les Caraïbes fournissent 54 % des touristes, soit 1 852 910 personnes. L'Amérique du Nord en fournit 41 %, soit 1 396 956. L'Amérique du Sud : 2 %. L'Europe : 2 % également, soit 75 518 personnes. Le reste du monde : 1 %.

Faisons le calcul qui fait mal. Le Guatemala envoie à lui seul quatorze fois plus de touristes au Salvador que l'Europe tout entière. Ce n'est pas un défaut de séduction, c'est de la géographie pure : on va facilement là où l'on peut rouler. Le phénomène n'a rien d'exotique, l'Ouzbékistan vit exactement la même chose avec ses voisins d'Asie centrale, et le Vietnam a bâti Danang sur un marché coréen tout proche. Quand la frontière est perméable, elle fait le travail de dix campagnes de publicité, comme le rappellent en creux les cinq cents rétablissements de contrôles enregistrés dans Schengen.

Un record mondial que personne n'a raconté en français

Passons au concret, parce que là, les chiffres deviennent spectaculaires.

Le résumé exécutif de l'étude de marché publiée en 2026 par l'agence publique espagnole du commerce extérieur pose trois faits que je n'ai vus repris nulle part en français. Un : le Salvador est le troisième pays au monde pour la croissance de ses arrivées internationales entre 2019 et 2025, avec 92 % de hausse, et le premier de tout l'hémisphère occidental. Deux : la croissance de ses recettes touristiques par rapport à l'avant-pandémie atteint 215 %, présentée comme un record mondial par les données d'ONU Tourisme. Trois : 90 % des arrivées sont des étrangers non résidents, ce qui signifie que la hausse ne s'explique pas seulement par la diaspora rentrant au pays.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête, car c'est l'objection qu'on entend toujours sur les destinations d'Amérique centrale : « oui, mais ce sont des émigrés qui rentrent voir la famille ». Les chiffres répondent : sur 3 436 713 touristes, 3 085 389 sont des étrangers non résidents et 351 324 des Salvadoriens vivant à l'étranger, dont 86 % arrivent des États-Unis. Un touriste sur dix, donc. La croissance vient bien d'ailleurs.

Ce dynamisme régional se retrouve dans les données mondiales. Au premier trimestre 2026, le baromètre d'ONU Tourisme compte 307 millions de touristes internationaux dans le monde, en hausse de 2 %. Dans ce tableau où l'Europe progresse de 4 % et où le Moyen-Orient recule de 14 %, une sous-région écrase tout le monde : l'Amérique centrale, à plus 18 %. L'Amérique du Sud, elle, perd 1 %. Deux voisins, deux trajectoires opposées, et une géographie du tourisme qui se redessine plus vite qu'on ne le croit.

Surf City : quinze plages, cinq phases, un quart des touristes

Comment un pays construit-il ça ? Dans le cas salvadorien, la réponse tient en deux mots et beaucoup de béton : Surf City.

C'est un programme d'aménagement du littoral pacifique, structuré autour de quinze plages réparties en cinq phases : routes, promenades de bord de mer, belvédères, équipements d'accueil. Sa phase principale, dans le département de La Libertad, concentre à elle seule 25 % de tous les touristes internationaux du pays et a accueilli dix-sept championnats du monde de surf depuis 2019. Un quart de la fréquentation nationale sur une portion de côte : peu de pays peuvent en dire autant d'un seul de leurs départements.

L'idée n'est pas neuve, le Maroc a ouvert sa côte méditerranéenne oubliée par une route nationale, mais elle est ici poussée loin : le programme intègre aussi la gastronomie, la nature et la culture, et sert de vitrine à une stratégie d'État formalisée dans un plan national de tourisme à horizon 2030. Deux autres régions portent l'essentiel du reste de l'activité : La Paz, sur la côte, et San Salvador, la capitale.

La répartition par segments confirme la stratégie. Le soleil et la plage pèsent 37 % du marché, la culture et le patrimoine 22 %, l'écotourisme et l'aventure 16 %, les affaires et les événements 15 %, la gastronomie 10 %. Un pays qui vend d'abord sa côte, donc, mais pas uniquement, à la différence de destinations balnéaires qui ne savent rien proposer d'autre que du sable, comme le Cap-Vert cherche justement à s'en éloigner.

Ce qui change le 18 décembre 2026

Bon. Maintenant qu'on comprend pourquoi les Européens sont absents, regardons ce qui est en train de bouger.

Jusqu'ici, l'aéroport international de San Salvador, à San Luis Talpa, a fonctionné comme une plateforme tournée vers un seul marché : 5,2 millions de passagers en 2025, des vols directs vers plus de quinze destinations aux États-Unis, et rien de direct vers l'Europe. Pour un voyageur parti de Paris, cela signifiait au minimum une escale, souvent deux, et une journée entière de trajet. Vous voyez le problème : à ce prix-là, en temps comme en argent, on choisit le Costa Rica.

Air Europa a annoncé l'ouverture d'une liaison directe entre Madrid et San Salvador à partir du 18 décembre 2026, à raison de trois fréquences hebdomadaires opérées en Boeing 787-8 Dreamliner. Les départs de Madrid sont prévus les mercredis, vendredis et dimanches à 1 h 45, et les retours de San Salvador les mêmes jours à 12 h 10. Iberia dessert déjà la capitale salvadorienne, mais avec une escale au Guatemala. Ces horaires et ces jours sont à vérifier avant votre départ, une ligne neuve bougeant souvent dans ses premiers mois.

Trois vols par semaine ne transforment pas un pays en destination de masse, entendons-nous. Mais c'est exactement de cette façon que Lisbonne est devenue la porte européenne du Brésil, et que de nouvelles routes ont ouvert des régions brésiliennes entières. Un vol direct, c'est un pays qui passe du statut de projet lointain à celui d'idée de vacances. Le Salvador s'y prépare d'ailleurs par une autre voie : un second aéroport, dit du Pacifique, est en construction pour desservir l'est du pays, et l'aéroport existant est en cours d'agrandissement.

Les trous dans la raquette, et ils sont documentés

Il serait malhonnête de s'arrêter aux bonnes nouvelles. Les mêmes documents officiels listent ce qui manque, et la liste est précise.

Premier manque : les lits. L'étude estime qu'il faudrait 13 000 chambres supplémentaires pour absorber la demande potentielle. À l'échelle du pays, c'est énorme. On est loin des 252 000 chambres programmées à La Mecque, mais le rapport entre le besoin et le parc existant est du même ordre de tension. La présence des chaînes internationales reste par ailleurs limitée : côté espagnol, une seule franchise hôtelière est installée dans la capitale, ce qui en dit long sur la marge de progression, surtout quand on sait que les grands groupes hôteliers ne possèdent presque jamais leurs propres murs.

Deuxième manque : la formation. La main-d'œuvre est jeune, 54 % des actifs du secteur ont moins de quarante ans, et le chômage tourne autour de 6 %, mais les qualifications spécialisées en hôtellerie et en tourisme font défaut. Troisième manque : la numérisation. Peu d'hôtels utilisent des outils de gestion des réservations ou de suivi de la clientèle, ce qui pénalise directement la visibilité en ligne, à l'heure où les offices de tourisme testent des modèles de voyageur pilotés par l'intelligence artificielle et où les transporteurs s'installent dans les assistants conversationnels.

Ajoutons une fragilité structurelle que les chiffres crient sans le dire : 85 % des touristes viennent de trois pays. Une telle concentration expose une économie touristique à la moindre secousse chez le voisin, exactement comme le Japon l'a appris avec son marché chinois. Diversifier les marchés d'origine n'est pas un caprice de communicant, c'est une assurance.

Ce que ça change pour un voyageur français

Reprenons la donnée de départ : la France n'est pas dans les quinze premiers marchés du Salvador. Le quinzième est le Pérou, avec 8 691 touristes. L'Espagne, elle, y figure au dixième rang avec 24 047 voyageurs, et l'Allemagne au quatorzième avec 9 624. Les Français sont donc, mécaniquement, moins de 8 691 à s'y rendre chaque année. À l'échelle d'un pays qui compte plusieurs dizaines de millions de départs en vacances, autant dire une poignée.

Est-ce que cela veut dire qu'il faut y courir ? Ce n'est pas à moi d'en décider, et l'absence de foule française n'est pas en soi un argument, l'Albanie et la Croatie ont montré à quelle vitesse une clientèle nationale peut apparaître. Ce que disent les données, en revanche, est net : le pays est en train de se construire une industrie touristique pendant que le marché français regarde ailleurs. Les tarifs, l'affluence et la disponibilité y sont aujourd'hui ceux d'une destination que l'Europe n'a pas encore découverte. Ce sera moins vrai après le 18 décembre.

Pour le reste, la règle habituelle s'applique et vaut plus que jamais sur une destination peu fréquentée par les Français : formalités d'entrée, assurance, couverture médicale et conditions de séjour se vérifient auprès des sources officielles avant tout achat de billet. Sur une zone où l'on voyage peu depuis la France, la question de ce que couvre réellement une assurance mérite d'être posée avant, pas après.

Reste l'essentiel, et c'est le genre de constat qui me réjouit : la carte du tourisme mondial ne bouge pas là où on la regarde. Pendant que l'on compte les visiteurs de l'Espagne, championne d'Europe et grande voyageuse elle-même, un pays d'Amérique centrale de la taille de deux départements bat un record mondial de croissance, remplit ses hôtels avec ses voisins arrivés en voiture, et ouvre sa première ligne directe vers l'Europe en plein hiver. Il n'y a rien de plus intéressant qu'un pays qui monte quand personne ne compte.

Questions fréquentes sur le tourisme au Salvador

Combien de visiteurs le Salvador reçoit-il vraiment chaque année ?

Les chiffres de la Corporación Salvadoreña de Turismo donnent 4 123 892 visiteurs internationaux pour l'année 2025, soit 4 % de plus qu'en 2024 et 56 % de plus qu'en 2019. Ce total mélange deux catégories qu'il vaut mieux distinguer : 3 436 713 touristes, c'est-à-dire des personnes qui ont dormi au moins une nuit dans le pays, et 687 179 excursionnistes, qui sont repartis le jour même. Les recettes du tourisme international ont atteint 3 635 millions de dollars sur l'année. Rapporté au nombre de touristes, cela donne environ 1 058 dollars dépensés par séjour, ce qui reste cohérent avec la dépense moyenne mesurée de 140 dollars par jour sur des séjours de sept à sept nuits et demie.

Pourquoi si peu de voyageurs européens vont-ils au Salvador ?

D'abord parce que la géographie du trafic est régionale : 56 % des visiteurs entrent par la route, depuis le Guatemala et le Honduras, et non par avion. Ensuite parce que la desserte aérienne a longtemps été tournée vers un seul marché. L'aéroport de San Luis Talpa a fait passer 5,2 millions de passagers en 2025 et propose des vols directs vers plus de quinze destinations aux États-Unis, mais aucune liaison sans escale avec l'Europe. Résultat : l'Europe entière représente 2 % des touristes du pays, soit 75 518 personnes en 2025. La situation change le 18 décembre 2026 avec l'ouverture d'une ligne directe entre Madrid et San Salvador, à raison de trois vols par semaine. Les horaires et la disponibilité sont à vérifier avant votre départ.

Qu'est-ce que Surf City au Salvador ?

C'est le programme d'aménagement littoral qui sert de locomotive à la stratégie touristique du pays. Il porte sur quinze plages réparties en cinq phases, avec des routes, des promenades de bord de mer, des belvédères et des équipements d'accueil. Sa phase principale, dans le département de La Libertad, concentre à elle seule 25 % de tous les touristes internationaux du Salvador et a accueilli dix-sept championnats du monde de surf depuis 2019. Le programme ne se limite pas aux vagues : il intègre aussi la gastronomie, la nature et la culture. Les documents officiels rangent d'ailleurs le soleil et la plage en tête des segments du marché, avec 37 % de l'activité, devant la culture et le patrimoine à 22 %.

Pour aller plus loin

  • Corporación Salvadoreña de Turismo (Corsatur), statistiques des arrivées et des recettes du tourisme international, année 2025
  • Ministère du Tourisme du Salvador, bilans annuels de fréquentation et communiqués semestriels
  • ICEX España Exportación e Inversiones, étude de marché « Le marché du tourisme au Salvador », résumé exécutif, édition 2026
  • ONU Tourisme, Baromètre du tourisme mondial, données du premier trimestre 2026
  • Plan national de tourisme 2030 du Salvador
  • Air Europa, annonce d'ouverture de la liaison Madrid - San Salvador
  • Agence de promotion touristique d'Amérique centrale (CATA), campagne Centroamérica Gateway

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