Vietnam : à Da Nang, le premier touriste étranger est coréen
Testez vos connaissances sur Da Nang
Quel pays est redevenu le premier marché touristique du Vietnam en 2025 ?
Combien de visiteurs coréens Da Nang a-t-elle accueillis sur les sept premiers mois de 2025 ?
Qu'était Da Nang pour l'armée américaine pendant la guerre du Vietnam ?
Continuez la lecture pour comprendre comment une ancienne base militaire est devenue la plage préférée de la Corée du Sud.
En 2025, le Vietnam a battu tous ses records avec environ 21,2 millions de visiteurs étrangers, et son premier marché est la Chine, revenue en force avec 5,28 millions d'arrivées. Mais si vous descendez à mi-chemin entre Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, dans la ville balnéaire de Da Nang, le classement se retourne : là, le touriste étranger numéro un est sud-coréen. La ville a fêté son millionième visiteur coréen de l'année dès le mois d'août 2025. Et le plus savoureux, c'est le lieu : cette plage où débarquaient les Marines américains en 1965 est devenue, soixante ans plus tard, le terrain de jeu favori de Séoul. Voici comment une ville moyenne du Vietnam s'est transformée en « petit Séoul » tropical, et ce que ça raconte du voyage en Asie aujourd'hui.
Un pays qui bat son record, une ville qui joue sa propre partition
Commençons par les grands chiffres, parce qu'ils cadrent tout. L'année 2025 a été la meilleure de l'histoire du tourisme vietnamien : près de 21,2 millions d'arrivées internationales, en hausse d'environ 20 % sur un an. Le pays a fait mieux que ses voisins d'Asie du Sud-Est, et de loin.
Au niveau national, le podium a une logique très asiatique. La Chine a repris sa place de premier marché avec 5,28 millions de visiteurs, un bond de 41 %, soit à elle seule un quart des touristes du pays. La Corée du Sud suit avec 4,33 millions, et Taïwan complète le trio avec 1,23 million. Comme souvent en Asie, le tourisme est d'abord une affaire de voisinage, exactement le même phénomène que celui qui remplit l'Ouzbékistan de visiteurs venus des pays limitrophes plutôt que d'Occidentaux.
Et c'est là que ça devient intéressant. Ce classement national masque une réalité locale bien différente. Descendez d'un cran, ville par ville, et la carte change de couleur. À Da Nang, la Chine n'est pas reine. C'est la Corée du Sud qui tient le haut du pavé, au point que la ville la considère officiellement comme son marché stratégique numéro un.
À Da Nang, tout est écrit en coréen
Passons au concret. Da Nang a accueilli son millionième visiteur sud-coréen de l'année 2025 dès les premiers jours d'août, un record pur et simple. Pour marquer le coup, une compagnie aérienne locale, T'way Air, a offert un aller-retour Séoul-Da Nang aux voyageurs qui portaient les numéros 999 999 et 1 000 001. Oui, ils ont vraiment compté un par un.
Sur le front de mer, ça se voit à l'œil nu. Enseignes en hangeul, l'alphabet coréen, menus traduits, restaurants de barbecue coréen, cafés qui pourraient être à Séoul. Certains quartiers de bord de plage ressemblent moins à une ville vietnamienne qu'à une station balnéaire de la péninsule coréenne. Le « spot exotique » dont rêve chaque voyageur est ici partagé avec quelques centaines de milliers de compatriotes venus chercher exactement la même chose.
La ville l'assume et en redemande. Da Nang cible désormais le marché coréen de façon méthodique : loisirs nautiques, terrains de golf, tourisme d'affaires et de congrès. La destination s'est même positionnée comme « capitale » d'un tourisme coréen soigné, avec des infrastructures pensées pour cette clientèle. Rien n'est laissé au hasard.
Pourquoi la Corée s'est entichée de cette ville précise
Bon. Maintenant qu'on voit l'ampleur du phénomène, la vraie question est : pourquoi Da Nang, et pas Bali, Phuket ou Okinawa ? La réponse tient en trois ingrédients simples.
Un vol plus court qu'un Paris-Athènes
Le premier argument, c'est la géographie pure. Da Nang est à environ 4 h 30 à 5 heures de vol direct de Séoul. Une demi-douzaine de compagnies desservent la ligne : Korean Air, Asiana, Jeju Air, Jin Air, T'way Air, Vietnam Airlines. Pour un Coréen, aller à Da Nang, c'est plus rapide que pour un Parisien d'atteindre certaines îles grecques. La distance, dans le tourisme, c'est le nerf de la guerre : c'est aussi ce qui explique la valeur des liaisons directes et sans rupture de charge.
Le meilleur rapport qualité-prix de la région
Deuxième ingrédient : le portefeuille. Dans les enquêtes de fréquentation, environ 41 % des voyageurs coréens placent le rapport qualité-prix en tête de leurs critères. Or le Vietnam reste sensiblement moins cher que le Japon, sa destination outbound numéro un. Une nuit d'hôtel, un dîner, un parcours de golf : à budget égal, on en a bien plus à Da Nang qu'à Osaka. C'est le même calcul froid que font les destinations qui misent sur la valeur réellement dépensée par chaque visiteur plutôt que sur le simple nombre de têtes.
Une plage, des montagnes et un pont qui buzze
Troisième ingrédient : le décor, taillé pour la photo. Da Nang aligne une plage de sable blanc de plusieurs kilomètres, la fameuse plage My Khe, adossée à la mer de Chine méridionale. À l'arrière se dressent les Montagnes de Marbre, cinq collines de calcaire truffées de grottes et de sanctuaires. Et surtout, il y a le pont doré, en vietnamien le Cầu Vàng.
Ce pont, ouvert en juin 2018 sur les hauteurs de Ba Na Hills, est une passerelle de 150 mètres soutenue par deux mains géantes qui semblent taillées dans la pierre, en réalité en fibre de verre. Conçu par une agence de Hô Chi Minh-Ville pour le groupe Sun Group, il est devenu en quelques semaines l'une des images les plus partagées d'Asie. Un décor pareil, pour une génération qui voyage l'appareil photo à la main, ça vaut toutes les campagnes publicitaires du monde.
Da Nang, ou la revanche de la géographie sur l'histoire
Et maintenant, la partie que je préfère, celle où le passé rencontre le présent. Parce que Da Nang n'est pas née touriste. Son nom vient du mot cham da nak, que l'on traduit par « l'ouverture d'une grande rivière » : la ville est bâtie à l'embouchure de la rivière Han, coincée entre la chaîne annamite à l'ouest et la mer à l'est. Les Français coloniaux l'appelaient Tourane. Avant eux, c'était l'un des ports du royaume du Champa, une civilisation brillante dont la capitale Indrapura rayonnait dès la fin du premier millénaire.
Puis vint la guerre. Pendant le conflit du Vietnam, la base aérienne de Da Nang devint l'une des plus fréquentées de la planète, avec une moyenne de plusieurs milliers de mouvements d'avions par jour. En 1965, c'est sur cette plage que débarquent les premiers Marines américains. Et cette même bande de sable, quand les combats se calmaient, servait de lieu de repos aux soldats venus décompresser loin du front.
Prenez un peu de recul et savourez l'ironie. La plage où les GI américains posaient leur serviette il y a soixante ans est aujourd'hui couverte de parasols coréens. Le lieu n'a pas changé, ce sont les visiteurs qui ont tourné. La géographie, elle, a toujours eu raison : le climat, le sable, la mer chaude étaient déjà là bien avant les uniformes et les selfies.
Le revers de la médaille : quand une ville devient monochrome
Soyons honnêtes, car un tel succès a un prix. Dépendre à ce point d'un seul marché, ça rend une ville fragile. Le jour où la mode coréenne se déplace vers une autre plage, ou qu'une crise frappe la Corée du Sud, Da Nang trinque. C'est le piège classique de la monoculture touristique, celui que redoutent les destinations trop demandées, de la côte croate saturée jusqu'aux archipels nordiques qui ferment leurs sites pour respirer.
Il y a aussi la question des habitants. Sur place, on commence à entendre des grognements : quartiers qui perdent leur âme locale, prix qui grimpent, commerces qui ne parlent plus qu'à une seule clientèle. Rien de violent, mais ce murmure existe, et il rappelle que le tourisme de masse finit toujours par cogner à la porte de ceux qui vivent là. La même tension traverse toutes les villes qui découvrent que leurs visiteurs ne leur ressemblent plus.
Le Vietnam, de son côté, a une carte à jouer pour équilibrer tout ça. Le pays diversifie ses marchés, courtise l'Europe et les professionnels français, à la manière du Bénin qui a bâti un produit touristique unique pour ne pas dépendre d'un seul flux. Reste à voir si Da Nang saura rester elle-même tout en accueillant la moitié de la Corée.
Ce que ça change pour le voyageur curieux
Terminons par l'utile. Faut-il rayer Da Nang de sa liste sous prétexte qu'elle est envahie ? Sûrement pas. Une ville d'un million d'habitants ne se résume pas à son front de mer. Da Nang est surtout une base de départ idéale : la vieille ville de Hoi An, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, est à trente minutes ; le col de Hai Van et ses panoramas sont au nord ; le sanctuaire cham de My Son à l'intérieur des terres.
Le bon réflexe, comme partout, c'est de décaler le regard. Basse saison plutôt que pic estival, quartiers en retrait du sable plutôt que le premier rang face à la mer, marchés de rue plutôt que centres commerciaux climatisés. On croise alors une autre Da Nang, vietnamienne celle-là, qui vit sa vie pendant que la plage joue les cartes postales coréennes. Prix, vols et fréquences bougent vite sur une destination en plein boom : à vérifier avant votre départ.
Ce qui restera, une fois rentré, ce n'est pas la photo du pont aux mains géantes. C'est cette idée simple et un peu vertigineuse : une même plage peut être, en un demi-siècle, un débarquement militaire puis un paradis balnéaire, selon qui la regarde et depuis quel pays il arrive. Le voyage, parfois, c'est juste ça : comprendre qu'un lieu ne raconte pas une histoire, mais autant d'histoires qu'il reçoit de visiteurs.
Questions fréquentes
Combien de temps dure le vol pour Da Nang, et avec quelles compagnies ?
Depuis Séoul, c'est le secret de la ruée coréenne : un vol direct Incheon-Da Nang dure environ 4 h 30 à 5 heures, opéré par Korean Air, Asiana, Jeju Air, Jin Air, T'way Air ou Vietnam Airlines. Rien à voir avec un long-courrier. Depuis la France, il n'existe pas de vol direct : il faut compter une escale, souvent à Séoul, Doha, Bangkok ou Singapour, pour un temps de trajet total d'environ 15 à 18 heures. L'aéroport international de Da Nang est en pleine ville, ce qui évite les longs transferts. Les fréquences et les compagnies changent vite : à vérifier avant votre départ auprès des transporteurs officiels.
Pourquoi les Coréens préfèrent-ils Da Nang au Japon ou à la Thaïlande ?
Trois raisons reviennent dans les enquêtes de fréquentation. D'abord la distance : Da Nang est à moins de cinq heures de vol de Séoul, avec des dizaines de rotations par semaine. Ensuite le coût : environ 41 % des voyageurs coréens citent le rapport qualité-prix comme premier critère, et le Vietnam reste nettement moins cher que le Japon. Enfin le décor : une longue plage de sable blanc, un climat chaud une bonne partie de l'année, du golf de bon niveau et la vieille ville de Hoi An à trente minutes. Le Vietnam reste tout de même la deuxième destination étrangère des Coréens, derrière le Japon.
Da Nang vaut-elle le détour pour un voyageur français, ou est-ce trop touristique ?
Da Nang n'est pas une carte postale figée : c'est une ville de plus d'un million d'habitants, en pleine croissance, entre montagnes et mer de Chine méridionale. Les quartiers de bord de plage sont très fréquentés, notamment par la clientèle coréenne, et certains coins ressemblent à un petit Séoul, enseignes en hangeul comprises. Mais la ville sert surtout de base idéale pour rayonner : Hoi An classée à l'UNESCO, les Montagnes de Marbre, le col de Hai Van, le sanctuaire cham de My Son. Pour fuir la foule, visez la basse saison et les quartiers à l'écart du front de mer. Comme partout, les tarifs évoluent : à vérifier avant votre départ.
Pour aller plus loin
- Administration nationale du tourisme du Vietnam, statistiques des arrivées internationales 2025
- Office général des statistiques du Vietnam, données de fréquentation par marché
- Organisation du tourisme de Corée (KTO), données des voyages sortants des résidents coréens
- Comité populaire de Da Nang et office du tourisme de Da Nang, fréquentation du marché sud-coréen
- UNESCO, liste du patrimoine mondial, vieille ville de Hoi An
Les informations de cet article sont à jour au 29 juillet 2026. Chiffres de fréquentation, durées de vol, compagnies aériennes, tarifs et conditions d'accès sont susceptibles d'évoluer. Vérifiez auprès des sources officielles et des transporteurs avant d'organiser votre voyage. Cet article a une vocation informative et culturelle.
