Silverton : le village fantôme australien sauvé par ses peintres

Vieux hôtel de pierre et bâtiments de tôle rouillée d'un village fantôme au milieu d'une vaste plaine de désert rouge dans l'outback australien, lumière dorée de fin de journée, ciel immense, aucune présence humaine

Quiz : connaissez-vous l'histoire de Silverton ?

Combien d'habitants comptait Silverton à son apogée, dans les années 1880 ?

En deux ans à peine après la découverte d'argent en 1883, près de 3 000 personnes s'installent à Silverton, avec écoles, journaux et onze pubs. Aujourd'hui, le village compte environ 35 habitants.

Qu'est-ce qui a vidé Silverton de ses habitants ?

En janvier 1885, un gisement d'argent bien plus important est découvert à Broken Hill, à l'origine de la société BHP. Les mineurs partent, emportant parfois les bâtiments pierre par pierre.

Quel film culte a été tourné dans les environs de Silverton ?

« Mad Max 2 : le défi » a été tourné dans la région en 1981. Le village abrite aujourd'hui un petit musée dédié au film et à ses véhicules, l'un des points d'attraction de Silverton.

Dans le désert de l'ouest de la Nouvelle-Galles du Sud, à 25 kilomètres de Broken Hill, un village d'argent qui comptait près de 3 000 habitants dans les années 1880 n'en abrite plus que 35 aujourd'hui. Silverton, en Australie, aurait dû finir en tas de cailloux comme des centaines d'autres cités minières de l'outback. Ce ne sont ni la mine, ni le cinéma, ni le hasard qui l'ont sauvé, mais une poignée de peintres venus racheter ses ruines de pierre pour y ouvrir leurs galeries. John Dynon, Peter Browne, Albert Woodroffe : trois noms qui n'évoquent rien en France, et qui ont pourtant transformé un village fantôme en étape recherchée du désert australien. Aujourd'hui, la région capte 215 millions de dollars australiens de recettes touristiques par an, selon les données de Tourism Research Australia. Voici comment un pinceau a réussi là où le pic du mineur avait échoué.

Un village né de l'argent, mort à cause de l'argent

Plantons le décor. En 1883, des prospecteurs mettent au jour d'importants gisements d'argent, de plomb et de zinc dans un coin perdu de l'outback, cette immense arrière-pays aride qui couvre l'intérieur de l'Australie. La ruée est immédiate. Le lieu est arpenté, baptisé Silverton, et voit débarquer 250 habitants, puis 500 quelques mois plus tard, puis 1 700 dès 1884. En deux ans, la population frôle les 3 000 âmes. Le village se dote d'écoles, de journaux, d'une gare, et de onze pubs. Onze. Pour situer, c'est un bar pour 270 habitants : on ne mourait visiblement pas de soif dans le désert.

Et c'est là que l'histoire devient savoureuse. Car ce qui a fait Silverton va aussi le tuer. En janvier 1885, un gisement d'argent bien plus riche est découvert 25 kilomètres plus loin, sur une propriété jalonnée deux ans plus tôt par un certain Charles Rasp. Ce gisement donne naissance à la Broken Hill Proprietary Company, qu'on connaît aujourd'hui sous le nom de BHP : l'une des plus grandes sociétés minières de la planète. Silverton avait misé sur le bon métal, mais au mauvais endroit, à un jet de pierre du jackpot.

Comment un village tombe de 3 000 à 35 habitants

La suite est un manuel de désertification express. Les mineurs plient bagage et filent vers Broken Hill, où le travail et l'argent sont désormais. Le mouvement est si radical que l'on démonte carrément des bâtiments de Silverton, pierre par pierre, pour les remonter dans la ville voisine. Imaginez déménager non pas vos meubles, mais les murs de votre maison. En quelques années, la cité de 3 000 habitants n'est plus qu'un alignement de façades vides sous un soleil de plomb.

Restent quelques irréductibles, le Silverton Hotel, un vieux pub têtu qui n'a jamais fermé, et surtout un décor sidérant. Car Silverton donne sur les plaines de Mundi Mundi, une étendue si plate et si vaste que, depuis le belvédère de Mundi Mundi Lookout, on jurerait apercevoir la courbure de la Terre. C'est le genre de paysage qui ne sert à rien pour l'agriculture, mais qui vaut de l'or pour deux catégories de gens bien précises : les peintres et les cinéastes. On y reviendra.

Les peintres débarquent dans les ruines

Dans les années 1970 et 1980, alors que le village agonise doucement, des artistes commencent à s'y installer. Le calcul est limpide : une lumière de désert d'une pureté rare, des ciels immenses, des vieilles bâtisses de pierre à vendre pour trois fois rien, et un silence que ne troublent que les corbeaux et les kangourous. Pour un peintre, c'est un atelier grandeur nature offert par la géographie.

Trois noms vont marquer cette renaissance. John Dynon, d'abord, dont la galerie rue Stuart est devenue une institution : ses toiles aux couleurs franches racontent l'outback avec un humour bien à lui. Peter Browne, ensuite, célèbre dans toute l'Australie pour ses émeus peints, ces grands oiseaux coureurs qu'il décline à l'infini. Albert Woodroffe, enfin, qui complète ce petit cercle. Ces artistes rachètent les anciens bâtiments, y accrochent leurs œuvres, et font de leur maison une galerie ouverte au public. Peu à peu se dessine ce que la région baptise le Silverton Art Trail, un circuit d'ateliers qui donne au village une raison d'exister. Comme le Bénin a fait du vaudou son premier produit touristique, Silverton a fait de sa vocation artistique son moteur, là où d'autres villages misent sur le luxe hôtelier.

Le paradoxe est délicieux. Un village né pour extraire du métal du sous-sol s'est sauvé en produisant, un siècle plus tard, quelque chose d'aussi immatériel qu'un tableau. Le pic contre le pinceau : le pinceau a gagné aux points.

Mad Max, Priscilla : le désert devenu plateau de cinéma

Passons au deuxième pilier de la résurrection. Ce même décor lunaire qui séduit les peintres a tapé dans l'œil des réalisateurs. En 1981, « Mad Max 2 : le défi » plante ses caméras dans la région : les plaines calcinées, les routes rectilignes et les carcasses de voitures y trouvent le terrain de jeu post-apocalyptique parfait. Le film devient culte, et Silverton hérite d'un statut inattendu : lieu de pèlerinage pour amateurs du monde entier. Un petit musée, le Mad Max 2 Museum, y expose répliques de véhicules et souvenirs du tournage.

Le désert australien enchaîne ensuite les seconds rôles au cinéma, de « Priscilla, folle du désert » en 1994 à d'autres productions venues chercher ce même horizon sans fin. Résultat : certains visiteurs débarquent aujourd'hui costumés, prêts à rejouer la course-poursuite devant le Silverton Hotel. On les regarde avec tendresse : après tout, ils ont fait des milliers de kilomètres pour un décor de cinéma dans un vrai village fantôme, ce qui reste plus original qu'une photo de plus devant la même écluse que tout le monde. Attention toutefois : le cinéma a amplifié la renommée de Silverton, il ne l'a pas créée. Sans les galeries et les irréductibles, il n'y aurait eu ni village ni musée à filmer.

Ce que disent vraiment les chiffres du tourisme

Voici maintenant la preuve par les données, et elle est parlante. Broken Hill, la grande sœur qui a vidé Silverton, est devenue en 2015 la première ville d'Australie inscrite sur la National Heritage List, la liste du patrimoine national. Ses 18 500 habitants ont fait pression pendant près de dix ans pour décrocher cette reconnaissance, qui recense plus de 380 éléments d'intérêt patrimonial. La ville minière qui avait aspiré la population de Silverton est aujourd'hui gardienne d'une mémoire industrielle unique.

Côté fréquentation, les chiffres de Tourism Research Australia, l'organisme officiel qui mesure le tourisme du pays, dessinent un portrait précis. Sur l'exercice 2024-2025, l'activité touristique de Broken Hill a généré 215,4 millions de dollars australiens de recettes, pour une valeur ajoutée de 109,4 millions. Sur les cinq dernières années, près de 48 % des visiteurs venus passer au moins une nuit l'ont fait pour des vacances, et non pour le travail ou la famille. Autrement dit : on ne vient pas ici par hasard, on vient exprès.

Un dernier chiffre remet les pieds sur terre. Les visiteurs internationaux de la région restent peu nombreux, de l'ordre de 13 000 par an. Ce tourisme est d'abord australien, porté par une clientèle de proximité qui traverse son propre pays pour venir voir l'outback. La même logique qu'en Ouzbékistan, dont 74 % des touristes viennent des pays voisins, ou qu'au Japon, où l'on découvre que la fréquentation ne suit pas toujours l'image. Silverton et Broken Hill ne vivent pas des foules étrangères, mais d'un public national fidèle, exactement comme les destinations qui misent sur le visiteur qui reste plutôt que celui qui passe.

Ce que ça change pour un voyageur

Concrètement, comment on va voir tout ça ? La porte d'entrée, c'est Broken Hill. Depuis la France, il faut rejoindre Sydney ou Adélaïde en avion, avec au moins une escale, dans un ciel où chaque escale se monnaye désormais. De là, on gagne Broken Hill par un vol intérieur, par la route, ou par le train Indian Pacific qui traverse le continent d'un océan à l'autre. Une vingtaine de minutes de route relient ensuite Broken Hill à Silverton. Prix, horaires et liaisons évoluent vite : à vérifier avant votre départ.

Sur place, le programme tient en une demi-journée à pied : les galeries d'artistes dans les vieilles pierres, le Silverton Hotel pour boire un verre là où Mad Max a tourné, le Mad Max 2 Museum, et surtout le crochet jusqu'au Mundi Mundi Lookout au coucher du soleil, quand la plaine s'embrase. Silverton n'est pas une destination qu'on « fait » pour cocher une case : c'est un détour pour qui aime les endroits qui ont failli disparaître et ne l'ont pas fait. Un village que la mine avait condamné, que des peintres ont gracié, et qu'on regarde autrement une fois qu'on connaît son histoire. Comme quoi, dans l'outback comme ailleurs, les plus belles étapes ne sont pas toujours celles qui figurent sur les itinéraires que tout le monde recopie.

Questions fréquentes sur Silverton

Peut-on visiter les galeries d'artistes de Silverton aujourd'hui ?

Oui. Silverton compte plusieurs galeries tenues par les artistes eux-mêmes, installées dans les anciens bâtiments de pierre du village. La plus connue est la John Dynon Art Gallery, rue Stuart, ouverte tous les jours ; le peintre y expose ses toiles de l'outback aux couleurs vives. On y trouve aussi les galeries associées aux noms de Peter Browne, célèbre pour ses émeus, et d'Albert Woodroffe. L'ensemble forme ce que la région appelle le Silverton Art Trail, un circuit informel qui relie les ateliers du village. L'entrée des galeries est généralement libre, et le village se parcourt à pied en une demi-journée. Les horaires précis d'ouverture peuvent varier selon la saison et la chaleur, à vérifier avant votre départ.

Pourquoi Silverton est-il devenu un village fantôme ?

Parce qu'un filon bien plus riche a été découvert 25 kilomètres plus loin. Silverton naît en 1883 après la découverte de gisements d'argent, de plomb et de zinc, et sa population grimpe à près de 3 000 habitants en deux ans. Mais en janvier 1885, un gisement d'argent bien plus important est mis au jour sur la propriété voisine de Broken Hill, à l'origine de la société minière Broken Hill Proprietary, aujourd'hui BHP, l'une des plus grandes du monde. Les mineurs quittent alors Silverton pour Broken Hill, et certains bâtiments sont même démontés pierre par pierre pour être reconstruits là-bas. En quelques années, le village de 3 000 âmes se vide pour ne plus compter qu'une poignée d'habitants.

Comment se rendre à Silverton depuis la France ?

L'accès se fait par Broken Hill, à 25 kilomètres au sud-est de Silverton. Depuis la France, il faut d'abord rejoindre Sydney ou Adélaïde en avion, avec au moins une escale, puis gagner Broken Hill par un vol intérieur, par la route, ou par le train Indian Pacific qui relie Sydney à Perth en traversant l'outback. De Broken Hill, une petite route goudronnée mène à Silverton en une vingtaine de minutes de voiture. Sur place, une voiture de location reste indispensable pour explorer les environs, dont le Mundi Mundi Lookout et ses plaines à perte de vue. Les liaisons et horaires évoluent, à vérifier avant votre départ.

Pour aller plus loin

  • Tourism Research Australia, enquêtes nationales sur la fréquentation et les recettes touristiques
  • National Heritage List, registre du patrimoine national australien (inscription de Broken Hill en 2015)
  • Destination NSW, office de tourisme officiel de l'État de Nouvelle-Galles du Sud
  • Broken Hill City Council, plan stratégique de tourisme de la région Outback NSW

Cet article est fourni à titre informatif. Les prix, horaires et conditions de voyage mentionnés peuvent évoluer rapidement. Vérifiez toujours les informations directement auprès des organismes officiels et de votre agence avant de réserver.