Merveilles du monde : qui les choisit ? Personne d'officiel
Quiz : que savez-vous des merveilles du monde ?
Quel organisme proclame officiellement les « merveilles du monde » ?
Combien a coûté le site web qui a lancé le vote des « nouvelles merveilles » de 2007 ?
Quel monument a été retiré du vote de 2007 et déclaré « merveille honoraire » ?
Une nouvelle liste des « 7 merveilles du monde contemporain » sera proclamée le 7 juillet 2027, et la Tour Eiffel est en lice. Aucune instance publique ne décerne ce titre : la liste de 2007 était l'initiative privée d'un homme d'affaires suisse, désavouée par l'UNESCO, et la nouvelle campagne est pilotée par le World Travel & Tourism Council, l'organisation mondiale des entreprises privées du tourisme. Ses critères assumés le disent sans détour : seront élues les constructions bâties depuis 1801 qui ont eu le plus grand impact sur le tourisme et l'économie. La beauté arrive après. Vingt ans exactement après le vote de Lisbonne qui a couronné le Machu Picchu et le Taj Mahal, voici donc comment se fabrique une merveille du monde. L'histoire vaut le détour.
Une nouvelle liste de merveilles, réglée sur le chiffre 7
Le calendrier d'abord, parce qu'il donne le ton. Les candidatures sont ouvertes depuis le 7 juillet 2026. Les 70 sites retenus seront dévoilés le 7 janvier 2027, jour d'ouverture du vote public en ligne. La liste tombera à 30 finalistes le 7 avril 2027. Et les 7 élus seront proclamés le 7 juillet 2027. Quatre dates, quatre 7. On a connu des numérologues moins appliqués.
Sur le fond, la règle du jeu tient en une phrase : repérer les monuments et bâtiments construits depuis 1801 qui ont, selon les organisateurs, « le plus grand impact sur le tourisme, les communautés locales et le développement économique ». Trois exemples sont cités d'entrée : la Tour Eiffel à Paris, le musée Guggenheim de Bilbao, en Espagne, et le Grand Egyptian Museum de Gizeh, inauguré face aux pyramides. Pourquoi 1801 ? Pour tracer une frontière nette avec les merveilles antiques et leurs héritières. Les listes précédentes regardaient le passé lointain. Celle-ci veut couronner ce que l'époque industrielle et moderne a construit de plus attirant.
Qui organise le vote ? Le syndicat mondial du tourisme
Le World Travel & Tourism Council, WTTC pour les intimes, se présente comme « l'organisme mondial représentant le secteur privé du voyage et du tourisme ». Traduction concrète : ses membres sont les présidents et directeurs généraux des grandes compagnies aériennes, chaînes hôtelières, croisiéristes, aéroports, voyagistes et plateformes de réservation de la planète. Un syndicat professionnel, donc, installé depuis peu à Madrid, et dont le métier est de défendre le poids économique du voyage auprès des gouvernements.
Sa présidente, Gloria Guevara, ancienne ministre du tourisme du Mexique, résume l'esprit de la campagne : l'humanité n'a pas cessé de créer des merveilles il y a des siècles, chaque génération laisse sa marque. L'argument le plus révélateur est ailleurs. Le WTTC décrit les grands monuments comme des « infrastructures stratégiques », au même titre qu'un port ou une autoroute : des équipements qui créent des emplois, attirent les investissements et refaçonnent l'image d'une ville entière. Une merveille du monde, vue de Madrid, est d'abord un outil de développement territorial. Le romantisme des ruines au clair de lune n'apparaît nulle part dans le dossier de presse.
2007 : l'homme qui a relancé les merveilles avec 700 dollars
Pour comprendre d'où vient cette mécanique, il faut remonter à septembre 1999. Bernard Weber, réalisateur et aviateur canadien d'origine suisse, lance alors un projet un peu fou : faire élire de nouvelles merveilles du monde par un vote planétaire. En 2001, il paie 700 dollars pour un site web hébergé au Canada. Sept cents dollars. Le prix de deux nuits d'hôtel avec vue sur les monuments qu'il s'apprêtait à consacrer.
La suite donne le vertige. Une commission de personnalités, présidée par Federico Mayor, ancien directeur général de l'UNESCO, et comptant les architectes Zaha Hadid, César Pelli et Tadao Ando, réduit les candidatures à 21 sites. Le public vote en ligne et par téléphone. Des dizaines de millions de suffrages affluent, portés par des mobilisations massives au Mexique, en Chine, en Turquie et en Inde. Le 7 juillet 2007, à Lisbonne, la New Seven Wonders Foundation proclame les élues : la Grande Muraille de Chine, Pétra en Jordanie, le Colisée de Rome, Chichén Itzá au Mexique, le Machu Picchu au Pérou, le Taj Mahal en Inde et le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro. Vous connaissez cette liste par cœur : elle tapisse depuis vingt ans les agences de voyages. Détail moins connu : les droits du résultat appartiennent à une société privée, la NewOpenWorld Corporation, qui les exploite commercialement.
Le jour où la pyramide de Khéops a été mise hors concours
Un épisode de 2007 mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il dit tout du malaise. La liste antique des merveilles, attribuée à Hérodote puis à Callimaque de Cyrène, comptait sept prodiges : le phare d'Alexandrie, les jardins suspendus de Babylone, la statue de Zeus à Olympie, le temple d'Artémis à Éphèse, le mausolée d'Halicarnasse, le Colosse de Rhodes et la grande pyramide de Khéops. Six ont été détruits par les séismes, les incendies et le temps. Une seule tient encore debout, à Gizeh, depuis quelque 4 500 ans.
Et c'est précisément elle que le vote de 2007 a failli faire concourir. L'Égypte a protesté : on ne soumet pas la doyenne des merveilles à un concours de popularité en ligne. Les organisateurs ont reculé et retiré la pyramide du scrutin en la déclarant « merveille honoraire ». Prenez la mesure de la scène : la seule survivante de la liste originelle, mise hors concours du vote censé lui désigner des héritières. Quatre millénaires et demi de carrière, remerciés par un titre honorifique. Le monde du travail connaît bien la formule.
Pourquoi l'UNESCO n'a jamais béni ces classements
Le 9 juillet 2007, deux jours après la proclamation de Lisbonne, l'UNESCO publie un communiqué d'une froideur remarquable. L'institution y rappelle qu'elle n'a « aucun lien » avec la campagne, qu'elle a décliné plusieurs invitations à s'y associer, et qu'il ne suffit pas de « reconnaître une valeur sentimentale ou emblématique » à des sites pour les protéger. Sa conclusion vaut d'être citée : la liste des nouvelles merveilles sera « le fruit d'une initiative privée, ne reflétant que l'opinion d'un public ayant accès à l'Internet ». Dans le registre feutré des institutions culturelles, c'est l'équivalent d'une porte claquée.
La position n'a rien d'un caprice. Le travail de l'UNESCO repose sur des critères scientifiques, des cadres de gestion, un suivi permanent de la conservation et l'engagement des États. Sa Liste du patrimoine mondial compte 1 273 biens inscrits, de la forteresse d'Alamut, en Iran, classée en juillet 2026, au mont Olympe, en Grèce, en passant par les forteresses du Languedoc dites cathares. Chaque inscription engage un pays à protéger un site, sous peine de déclassement. Un vote de merveilles n'engage personne à rien : il désigne des champions, il ne les entretient pas. Les deux logiques ne se rencontrent jamais, et c'est le point que vingt ans de brochures ont soigneusement brouillé.
Ce que la liste de 2027 dit du voyage d'aujourd'hui
Reste la question de fond : pourquoi le lobby du tourisme veut-il ses propres merveilles ? La réponse tient dans un précédent que tous ses membres connaissent : Bilbao. Avant 1997, la ville basque était un port industriel en déclin. L'ouverture du musée Guggenheim, coque de titane signée Frank Gehry, a inversé son destin au point que les urbanistes du monde entier parlent d'« effet Bilbao ». C'est ce miracle-là que la campagne veut identifier et reproduire : le bâtiment qui, à lui seul, remet une ville sur la carte.
Le mécanisme n'a rien de théorique, et ce site en a documenté plusieurs variantes : l'heure à 1 500 $ avec les gorilles du Rwanda finance leur protection, le festival des aigliers de Mongolie, inventé en 1999 pour les visiteurs, a ressuscité une tradition mourante, et l'hôtel de luxe installé dans l'ancienne prison de Nara, au Japon, a fait d'un bâtiment encombrant un argument de séjour. Un titre de merveille contemporaine jouera le même rôle, à l'échelle mondiale et avec un bulletin de vote. Alors, quand le résultat tombera le 7 juillet 2027, souvenez-vous simplement de qui compte les voix : les compagnies qui vous vendront le billet pour aller voir les gagnantes. Cela n'enlève rien à la beauté de la Tour Eiffel. Cela explique juste pourquoi on vote pour elle.
Questions fréquentes sur les merveilles du monde
Quelles sont les 7 merveilles du monde actuelles ?
Tout dépend de la liste qu'on regarde, et aucune n'est officielle. La liste antique, attribuée à Hérodote puis à Callimaque de Cyrène, comptait la pyramide de Khéops, les jardins suspendus de Babylone, la statue de Zeus à Olympie, le temple d'Artémis à Éphèse, le mausolée d'Halicarnasse, le Colosse de Rhodes et le phare d'Alexandrie. Seule la pyramide de Khéops subsiste. La liste dite « moderne », issue du vote privé de 2007, retient la Grande Muraille de Chine, Pétra en Jordanie, le Colisée de Rome, Chichén Itzá au Mexique, le Machu Picchu au Pérou, le Taj Mahal en Inde et le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro. Une troisième liste, celle des « merveilles contemporaines », sera proclamée le 7 juillet 2027.
Comment participer au vote des 7 merveilles du monde contemporain ?
La campagne du World Travel & Tourism Council se déroule en quatre étapes, toutes calées sur un 7. Les candidatures sont ouvertes depuis le 7 juillet 2026 : les gestionnaires de monuments construits après 1801 peuvent proposer leur site. Le 7 janvier 2027, les 70 candidats retenus seront dévoilés et le vote du public commencera en ligne. Le 7 avril 2027, la liste sera resserrée à 30 finalistes. Le résultat tombera le 7 juillet 2027. Le vote est gratuit et ouvert à tous sur le site de la campagne. Les modalités précises peuvent évoluer d'ici là : à vérifier avant de participer.
Quelle différence entre les merveilles du monde et le patrimoine mondial de l'UNESCO ?
Les deux n'ont aucun rapport, et l'UNESCO l'a écrit noir sur blanc dans un communiqué daté du 9 juillet 2007. La Liste du patrimoine mondial compte 1 273 biens inscrits, sélectionnés sur des critères scientifiques, avec un cadre légal de protection, un suivi permanent de l'état de conservation et un engagement des États. Les listes de merveilles, elles, sortent de votes de popularité organisés par des acteurs privés : une fondation liée à un homme d'affaires suisse en 2007, le lobby mondial des entreprises du tourisme pour l'édition 2027. Un titre de merveille ne protège rien : il fait venir des visiteurs. Une inscription UNESCO engage un État à conserver le site.
Pour aller plus loin
- World Travel & Tourism Council (WTTC), communiqué de lancement de la campagne « 7 Contemporary Wonders of the World », 7 juillet 2026
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial, communiqué « L'UNESCO n'est pas impliquée dans la campagne des 7 nouvelles merveilles du monde », 9 juillet 2007
- UNESCO, Liste du patrimoine mondial, 1 273 biens inscrits
Cet article est fourni à titre informatif. Les prix, formalités et conditions de voyage mentionnés peuvent évoluer rapidement. Vérifiez toujours les informations directement auprès des organismes officiels et de votre agence avant de réserver.
