Mongolie : le festival des aigliers « millénaire » est né en 1999

Aiglier kazakh à cheval vu de dos, aigle royal posé sur le bras, dans les steppes dorées de l'Altaï mongol avec les montagnes en toile de fond

Quiz : que savez-vous des aigliers de Mongolie ?

En quelle année s'est tenue la première édition du festival des aigliers de Bayan-Ölgii ?

La première édition date de 1999. Elle a été montée par Jalsa Urubshurow, un Américain d'origine mongole fondateur d'un tour-opérateur, avec trois aigliers de la communauté kazakhe. Détail savoureux : les touristes n'ont même pas été conviés avant la cinquième édition.

Combien de familles pratiquaient encore la chasse à l'aigle en Mongolie à la fin des années 1990 ?

Il ne restait qu'une quarantaine de familles d'aigliers kazakhs dans l'Altaï mongol. On recense aujourd'hui plus de 400 aigliers dans la région. La tradition a été sauvée, en grande partie, par le festival lui-même.

À quelle vitesse un aigle royal peut-il piquer sur sa proie ?

Jusqu'à 320 km/h en piqué, la vitesse de pointe d'un TGV. Avec une envergure d'environ 2,4 mètres et un poids de 7 kilos, l'aigle royal est capable de s'attaquer à un mouton adulte. On comprend pourquoi les aigliers portent un gant épais.

Le festival des aigliers de Bayan-Ölgii, dans l'extrême ouest de la Mongolie, est vendu partout comme la vitrine d'une tradition millénaire. La tradition est authentique : la fauconnerie est pratiquée depuis plus de 4 000 ans selon l'UNESCO. Le festival, lui, a été créé en 1999 par Jalsa Urubshurow, un Américain d'origine mongole fondateur d'un tour-opérateur, avec trois aigliers kazakhs de la région. À cette époque, il ne restait qu'une quarantaine de familles pratiquant la chasse à l'aigle royal dans l'Altaï mongol. On recense aujourd'hui plus de 400 aigliers dans la province, et l'UNESCO a confirmé en 2021 l'inscription de la fauconnerie mongole au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. L'événement inventé pour les visiteurs a ressuscité la tradition qu'il met en scène. Voici comment.

Une tradition qui mourait en silence dans l'Altaï

Commençons par planter le décor, parce qu'il est immense. La province de Bayan-Ölgii occupe l'extrême ouest de la Mongolie, à environ 1 600 km d'Oulan-Bator, là où le pays touche à la fois la Russie, la Chine et le Kazakhstan. C'est un territoire de hautes steppes et de montagnes, une fois et demie la Belgique, peuplé en majorité de Kazakhs, une minorité musulmane dans un pays bouddhiste. L'hiver y descend sous les moins 40 degrés, et une grande partie des habitants vit encore en nomades, dans ces tentes rondes démontables qu'on appelle des gers.

C'est là que survivait la chasse à l'aigle royal, transmise de père en fils chez les Kazakhs de l'Altaï. Survivait, au passé proche : à la fin des années 1990, une quarantaine de familles seulement gardaient encore un aigle. La modernité, l'exode vers les villes et une jeunesse qui regardait ailleurs faisaient leur œuvre. Une pratique attestée depuis des siècles s'éteignait sans bruit, à des milliers de kilomètres des regards. Et personne ne s'en émouvait, pour une raison simple : personne ne le savait.

Qui a eu l'idée du festival ? Un charpentier du New Jersey

Et c'est là que l'histoire devient fascinante. Jalsa Urubshurow naît dans la banlieue du New Jersey, aux États-Unis, dans une famille mongole bouddhiste qui a fui les persécutions soviétiques en 1952. Il grandit entouré de culture mongole sans avoir jamais vu la Mongolie, et fait fortune dans la charpente. En 1990, il rencontre Dashiin Byambasuren, qui deviendra l'année suivante le premier chef de gouvernement démocratiquement élu du pays, et qui lui demande un coup de main pour développer le tourisme occidental. En 1992, Urubshurow fonde Nomadic Expeditions, un tour-opérateur spécialisé dans les voyages en petits groupes vers la Mongolie.

C'est en sillonnant le pays qu'il rencontre les derniers aigliers. Touché par leurs récits, il s'associe à trois hommes de la communauté kazakhe de Bayan-Ölgii et lance la première édition du festival en 1999. Sa motivation, telle qu'il la raconte : il ne s'agissait pas d'attirer des touristes en masse, mais de préserver une tradition en train de disparaître. Il affirme n'avoir jamais touché de salaire pour le festival. Les visiteurs étrangers n'ont d'ailleurs pas été conviés avant la cinquième édition. Cette année-là, ils étaient cinq. Six l'année suivante. Le grand rendez-vous mondial des aigliers a donc commencé devant un public qui tenait dans une seule ger.

Que voit-on vraiment pendant les deux jours du festival ?

Passons au concret. Le festival s'ouvre par un défilé à cheval : les aigliers avancent en manteaux de fourrure brodés et toques cousues main, leur aigle royal posé sur le bras. Le cœur de la compétition, c'est l'épreuve du rappel. Un assistant grimpe sur un flanc de montagne avec l'oiseau, le cavalier attend en contrebas, tourne sur son cheval et pousse un cri d'appel qui lui est propre. Le jury, composé d'officiels locaux, note la vitesse et l'élégance du retour de l'aigle, mais aussi la beauté du costume et la tenue à cheval. Lors d'une édition récente, une aiglière de 14 ans prénommée Akhelik a fait revenir son oiseau en 11 secondes.

Précision qui a son importance : aucune vraie chasse n'a lieu pendant le festival. Les épreuves qui utilisaient des animaux vivants ont été abandonnées, pour répondre aux attentes éthiques des visiteurs. Autour du terrain, on trouve les jeux traditionnels kazakhs, dont le kökpar, ce sport équestre spectaculaire où des cavaliers se disputent une carcasse de chèvre, et une épreuve d'adresse où il faut ramasser des pièces au sol sans descendre de cheval. Un marché improvisé vend chaussons de feutre, gilets brodés et toques en renard. On y croise aussi une tente à pizzas. L'authenticité a ses limites logistiques, et franchement, après une journée dans le vent de la steppe, personne ne s'en plaint.

L'aigle royal, un colocataire qu'on finit par rendre à la montagne

Tenez, regardez cet oiseau de plus près, il le mérite. L'aigle royal affiche une envergure d'environ 2,4 mètres pour quelque 7 kilos, pique sur sa proie à des vitesses pouvant atteindre 320 km/h, la vitesse de pointe d'un TGV, et se montre capable de s'attaquer à un mouton adulte. L'aiglière ou l'aiglier va chercher son aiglon directement dans la paroi rocheuse : la mère n'élève le plus souvent qu'un seul petit de la nichée, les autres devant se débrouiller. L'oiseau est ensuite nourri à la main, hébergé, entraîné, et devient un partenaire de chasse pour le petit gibier, dont la famille tire viande et fourrure.

Le plus étonnant reste la fin de l'histoire. Au bout d'une dizaine d'années de vie commune, la coutume veut que l'aiglier organise une cérémonie pour relâcher son aigle dans la nature, où l'oiseau peut encore vivre une vingtaine d'années. Un contrat de colocation à durée déterminée, en quelque sorte, avec restitution de l'occupant à la montagne. Les amateurs d'oiseaux qui guettent les migrations en baie de Somme ou comptent les foules à la réserve du Marquenterre apprécieront : ici, le rapace n'est ni bagué ni observé à la longue-vue, il dort dans la ger familiale.

L'effet « Eagle Huntress » : quand un documentaire change une vallée

En 2016, un documentaire intitulé The Eagle Huntress braque les projecteurs sur la région. Il raconte l'histoire d'Aisholpan, une adolescente kazakhe de 13 ans qui brave les conventions pour devenir aiglière, et exceller. Le film fait le tour du monde, et le festival, qui avançait tranquillement depuis 17 ans, se retrouve en pleine lumière. Les chiffres racontent la suite. Pour la vingtième édition, en octobre 2019, 124 aigliers étaient en lice, le doyen âgé de 82 ans, la benjamine de 10 ans. Les organisateurs ont vendu 600 billets à des visiteurs étrangers et estimé la fréquentation totale entre 1 200 et 1 500 personnes, les habitants entrant gratuitement.

Remettons ces chiffres à leur échelle. En 2000, la Mongolie entière recevait 150 000 touristes dans l'année, moins qu'un week-end de chassé-croisé sur les plages d'Espagne. Le jour du festival, des 4x4 déversent désormais des voyageurs emmitouflés dans les mêmes doudounes techniques, venus photographier des chasseurs en manteaux cousus main. Chacun son costume traditionnel. Les jeunes filles s'y mettent aussi : lors de cette édition 2019, la petite Aimulder, 10 ans, concourait avec son père à ses côtés pour l'aider à porter le poids de l'oiseau. Elle s'entraînait depuis ses 4 ans.

Alors, le tourisme a-t-il dénaturé ou sauvé la tradition ?

Voilà la question qui fâche, et les chiffres permettent d'y répondre sans trembler. Les travaux du chercheur japonais Takuya Soma, qui a étudié la fauconnerie altaï-kazakhe sur le terrain, citent les registres de la province de Bayan-Ölgii : 384 aigliers enregistrés dès 2003, quatre ans après la création du festival. On en recense aujourd'hui plus de 400 dans la région de l'Altaï. Rappel du point de départ : une quarantaine de familles à la fin des années 1990. Le festival se tient désormais deux fois par an, au printemps à Oulan-Bator et à l'automne dans le Bayan-Ölgii, sous l'égide de l'Association des aigliers de Mongolie. Et l'UNESCO a confirmé en 2021 l'inscription de la fauconnerie au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, dans un dossier porté par 24 pays dont la Mongolie.

Bien sûr, on peut froncer le sourcil : un jury qui note la beauté des costumes, des épreuves simulées, une tente à pizzas dans la steppe. Mais le mécanisme est le même que pour les gorilles du Rwanda, dont l'heure de visite à 1 500 $ finance la protection : quand une pratique rapporte et rend fier, on la transmet. Silverton, en Australie, a été sauvée de l'oubli par ses peintres ; la Laponie finlandaise s'est construite comme destination avant de devenir un mythe hivernal. Ici, un tour-opérateur a inventé un rendez-vous pour que des adolescents kazakhs aient une raison de grimper chercher un aiglon dans la falaise, comme leurs grands-pères. Vingt-sept ans plus tard, ils y grimpent toujours. On a connu de pires trahisons de l'authenticité.

Questions fréquentes sur le festival des aigliers de Mongolie

Quand et où se déroule le festival des aigliers en Mongolie ?

Le festival existe en deux éditions annuelles : une au printemps à Oulan-Bator, la capitale, et la principale au début de l'automne, en octobre, dans la province de Bayan-Ölgii, à environ 1 600 km à l'ouest d'Oulan-Bator. Cette province de l'extrême ouest mongol touche les frontières de la Russie, de la Chine et du Kazakhstan. On la rejoint par un vol intérieur depuis la capitale, puis par la piste. En octobre, les températures passent déjà sous zéro la nuit : prévoyez un équipement d'hiver. Les dates exactes sont publiées chaque année par les organisateurs, à vérifier avant votre départ.

Le festival des aigliers montre-t-il de vraies chasses avec des proies vivantes ?

Non. Aucune chasse réelle n'a lieu pendant le festival. Les épreuves reposent sur le rappel : un assistant lâche l'aigle depuis une hauteur, le cavalier l'appelle avec un cri qui lui est propre, et un jury note la vitesse du retour, l'obéissance de l'oiseau, la qualité du costume et la tenue à cheval. Les compétitions qui utilisaient des animaux vivants ont été abandonnées, pour répondre aux attentes éthiques des visiteurs. La vraie chasse, elle, se pratique en hiver, dans les montagnes, pour la viande et la fourrure du petit gibier. Le festival en est la vitrine, pas la reproduction.

La chasse à l'aigle est-elle vraiment une tradition ancienne en Mongolie ?

Oui, et c'est tout le sel de l'histoire. La fauconnerie, l'art de chasser avec un rapace, est pratiquée depuis plus de 4 000 ans selon l'UNESCO, qui l'a inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, dans un dossier partagé par 24 pays dont la Mongolie, confirmé en 2021. Chez les Kazakhs de l'Altaï mongol, elle se transmet de génération en génération, d'un père ou d'un grand-père à l'enfant. Ce qui est récent, c'est le festival lui-même, créé en 1999 pour empêcher cette tradition de s'éteindre. La tradition est millénaire, sa mise en scène a moins de trente ans.

Pour aller plus loin

  • UNESCO, fiche « La fauconnerie, un patrimoine humain vivant », Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité
  • Association des aigliers de Mongolie, organisation du festival d'automne de Bayan-Ölgii
  • Office national du tourisme de Mongolie, informations de visite sur la province de Bayan-Ölgii et l'Altaï
  • Travaux du chercheur Takuya Soma sur la fauconnerie altaï-kazakhe et les registres d'aigliers de Bayan-Ölgii

Cet article est fourni à titre informatif. Les prix, formalités et conditions de voyage mentionnés peuvent évoluer rapidement. Vérifiez toujours les informations directement auprès des organismes officiels et de votre agence avant de réserver.