Serhat Kılıç : l'acteur turc que le théâtre avait formé

Le savez-vous ?

Dans quel film récompensé à Cannes Serhat Kılıç jouait-il un imam ?

Dans Winter Sleep (Kış Uykusu), de Nuri Bilge Ceylan, Palme d'or du Festival de Cannes en 2014. Il y incarne l'imam Hamdi, un rôle qui lui a valu une nomination aux 47e prix SİYAD.

Quelle université turque a formé Serhat Kılıç au métier de comédien ?

L'université Bilkent, à Ankara, où il entre boursier en 1994 au département théâtre de la faculté de musique et arts de la scène. Il en sort diplômé avec les félicitations du jury en 1998.

Combien de personnages interprétait-il dans İntiharın Genel Provası ?

Quatre. Cette pièce de Dušan Kovačević, montée à partir de la saison 2009-2010 aux Théâtres municipaux d'Istanbul, a tenu trois saisons à guichets fermés et lui a valu une nomination aux 14e prix Afife.

NTV revient sur les passages à l'écran de Serhat Kılıç, le 7 septembre 2026.

Serhat Kılıç est mort le 5 septembre 2026 à Istanbul, à 51 ans. Le nom ne dit sans doute rien au public français ; la filmographie, un peu plus. Cet acteur turc jouait l'imam Hamdi dans Winter Sleep, le film de Nuri Bilge Ceylan récompensé par la Palme d'or du Festival de Cannes en 2014. Derrière ce rôle, il y a vingt ans de théâtre public à Ankara, Diyarbakır et Erzurum, un master de mise en scène, une école de comédiens fondée à Istanbul et une poignée de séries, de Seksenler à Kuruluş Osman, qui l'ont rendu familier des téléspectateurs turcs. Retour sur un parcours de scène que la notoriété télévisée avait fini par recouvrir.

Qui était Serhat Kılıç avant les séries turques ?

Serhat Mustafa Kılıç était un comédien de théâtre devenu, sur le tard, un visage familier des feuilletons turcs. Né le 8 juillet 1975 à Ankara dans une famille originaire de Malatya, il passe par le lycée TED Ankara Koleji, puis entre en 1994 comme boursier au département théâtre de la faculté de musique et arts de la scène de l'université Bilkent. Il en sort diplômé en 1998 avec les félicitations du jury. Ce détail compte : à la différence de nombreux acteurs turcs repérés par un casting de série, sa trajectoire commence par quatre années de formation classique, puis par les théâtres publics de province. Il appartient à cette catégorie d'interprètes que la scène façonne avant que l'écran ne les rende reconnaissables, comme Anne Bouvier, Juliette Plumecocq-Méch ou Guillaume de Tonquedec en France.

Comment le théâtre d'État a-t-il façonné son métier ?

Le théâtre public turc occupe les dix premières années de sa carrière. Sa première pièce professionnelle est Kayıplar, d'Ariel Dorfman, montée en 1998 à l'Ankara Sanat Tiyatrosu dans une mise en scène de Rutkay Aziz. La saison 1999-2000 le conduit au Théâtre d'État de Diyarbakır, où il donne aussi des cours de jeu et met en scène Barış Adası. En 2002, son service obligatoire l'affecte au Théâtre d'État d'Erzurum. Il y traverse un répertoire qui va de Shakespeare, avec Le Songe d'une nuit d'été et Comme il vous plaira, à Molière avec Les Fourberies de Scapin, en passant par Gogol, Tchekhov et Arthur Miller. En 2005, il achève un master de mise en scène au conservatoire d'État d'Ankara, rattaché à l'université Hacettepe, et enseigne à la faculté des beaux-arts de l'université Atatürk. Avant cela, il avait aussi tenu le micro : Radio Night&Day à Ankara de 1992 à 1994, Baykuş&Karga sur Green Radio de 1994 à 1997, puis Geceden Sabaha sur TRT FM Ankara en 2000 et 2001, un parcours de voix qui rappelle celui de Smaïl Bouabdellah ou de Myriam Seurat. Cette double casquette d'interprète et de pédagogue se retrouve chez d'autres profils suivis ici, de Sébastien Hinault devenu directeur sportif à Régis Marcon et son école de cuisine, ou encore Yanis Marshall et ses classes de danse.

Pourquoi Istanbul a-t-elle changé sa carrière ?

Le tournant est administratif avant d'être artistique : en 2008, Serhat Kılıç démissionne des Théâtres d'État et s'installe à Istanbul. Il y travaille avec des scènes privées réputées, le Tiyatro Dot et le BKM, où il joue notamment Böcek, de Tracy Letts, et Vur Yağmala Yeniden, de Mark Ravenhill. La saison 2009-2010 marque son passage aux Théâtres municipaux d'Istanbul avec İntiharın Genel Provası, de l'auteur serbe Dušan Kovačević. Le spectacle tient trois saisons à guichets fermés et lui vaut une nomination aux 14e prix Afife, dans la catégorie du meilleur acteur de comédie et de comédie musicale. En 2012, il fonde sa propre société de production, Cats&Dogs, installée dans le quartier de Soho İstanbul, puis, en novembre 2014, son propre établissement, Okul Serhat Kılıç, qui dispense des cours de jeu, d'écriture, de danse et de chant. La bascule vers l'écran suit ce mouvement, à la manière d'un Raphaël Quenard, d'un Benjamin Voisin ou d'une Fleur Fitoussi, dont la notoriété grand public arrive après un socle de scène.

Dans une seule pièce, İntiharın Genel Provası, Serhat Kılıç interprétait quatre personnages différents. Le spectacle est resté trois saisons à guichets fermés aux Théâtres municipaux d'Istanbul.

Que représente son rôle dans Winter Sleep ?

C'est le film qui le fait exister hors de Turquie. Dans Winter Sleep (Kış Uykusu), de Nuri Bilge Ceylan, Palme d'or du Festival de Cannes en 2014, il incarne l'imam Hamdi, personnage des scènes de confrontation entre le propriétaire d'un hôtel troglodyte de Cappadoce et une famille de locataires endettés. Le rôle lui vaut une nomination aux 47e prix SİYAD, décernés par l'association des critiques de cinéma turcs, dans la catégorie du meilleur second rôle masculin. Le film dépasse les trois heures et repose presque entièrement sur des dialogues, un format qui met à nu le travail de comédien. Quatre ans plus tôt, il avait tourné dans Veda, de l'écrivain et cinéaste Zülfü Livaneli, où il jouait Salih Bozok, aide de camp d'Atatürk. Son nom figure aussi aux génériques de Mavzer et de Cenazemize Hoşgeldiniz. Pour un film turc, Cannes reste la porte d'entrée vers les salles françaises, un circuit que connaissent bien les vendeurs internationaux comme Loïc Magneron ou les producteurs comme Clément Miserez. La notoriété d'écran ne l'a pas éloigné des planches : en 2018, il joue encore Terör, de Ferdinand von Schirach, et Gece Sempozyumu, d'Eric De Volder, un travail de coulisses qui rapproche son parcours de celui de Kader Aoun ou de Reeves Gabrels.

Dans quelles séries les téléspectateurs l'ont-ils vu ?

La télévision turque lui a donné sa notoriété domestique. Il tient un rôle récurrent dans Seksenler, comédie familiale située dans les années 1980, lancée en 2012 et portée successivement par les réalisateurs Birol Güven, Müfit Can Saçıntı et Uğur Yağcıoğlu jusqu'en 2022. On le voit ensuite dans Söz, série militaire diffusée à l'international sous le titre The Oath, dans Maraşlı, dans Son Gün, dans Tetikçinin Oğlu, et dans Kuruluş Osman, la fresque consacrée à la fondation de l'Empire ottoman, l'une des rares productions turques largement regardées en Europe et au Maghreb. Ce circuit, où une série nationale devient un objet culturel transfrontalier, ressemble à celui qu'ont connu Margarida Corceiro au Portugal, Ester Expósito en Espagne ou Sadie Soverall au Royaume-Uni.

Que sait-on des circonstances de sa mort ?

Serhat Kılıç a été retrouvé mort à son domicile du quartier de Kâğıthane, à Istanbul, le 5 septembre 2026. Il avait 51 ans, et c'est sa compagne qui a découvert le corps. Les causes du décès ne sont pas établies publiquement et une enquête est ouverte : la presse turque, dont NTV, Hürriyet, Milliyet et Cumhuriyet, fait état d'un rapport d'examen des lieux et de l'audition de proches par le parquet. Aucune conclusion officielle n'a été rendue publique à ce jour. Une cérémonie d'hommage s'est tenue le 7 septembre 2026 à la scène Muhsin Ertuğrul de Harbiye, l'une des salles historiques des Théâtres municipaux d'Istanbul, celle-là même où il avait joué. Ses collègues y étaient nombreux, et NTV a diffusé le même jour un montage de ses archives télévisées. Comme lors des disparitions de Kenji Ohba, Gaël Da Silva ou Chantal Nobel, l'hommage est d'abord venu du milieu professionnel avant d'atteindre le grand public.

Questions fréquentes

Qui était Serhat Kılıç ?

Serhat Mustafa Kılıç était un acteur turc de théâtre et de cinéma, né le 8 juillet 1975 à Ankara et mort le 5 septembre 2026 à Istanbul. Formé au département théâtre de l'université Bilkent, dont il sort diplômé en 1998, il commence sa carrière dans les théâtres publics d'Ankara, de Diyarbakır et d'Erzurum, avant de s'installer à Istanbul en 2008. Il obtient en 2005 un master de mise en scène au conservatoire d'État d'Ankara et enseigne à l'université Atatürk. Le public turc le connaît surtout par les séries Seksenler, Söz et Kuruluş Osman ; son nom circule à l'international grâce à Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan.

Dans quels films et quelles séries a-t-il joué ?

Au cinéma, Serhat Kılıç apparaît dans Veda, de Zülfü Livaneli, en 2010, où il incarne Salih Bozok, puis dans Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan, en 2014, dans le rôle de l'imam Hamdi. Ce dernier film a obtenu la Palme d'or du Festival de Cannes et lui a valu une nomination aux 47e prix SİYAD, remis par les critiques de cinéma turcs. Sa filmographie compte aussi Mavzer et Cenazemize Hoşgeldiniz. À la télévision, il tient des rôles dans Seksenler, comédie sur les années 1980 lancée en 2012, ainsi que dans Söz, Maraşlı, Son Gün, Tetikçinin Oğlu et la fresque historique Kuruluş Osman.

Que sait-on de la mort de Serhat Kılıç ?

Serhat Kılıç a été retrouvé sans vie à son domicile du quartier de Kâğıthane, à Istanbul, le 5 septembre 2026, par sa compagne. Il avait 51 ans. Les causes du décès n'ont pas été établies publiquement et une enquête judiciaire est en cours : les médias turcs, parmi lesquels NTV, Hürriyet, Milliyet et Cumhuriyet, font état d'un rapport d'examen des lieux et de l'audition de proches par le parquet. Aucun résultat officiel n'a été communiqué à ce jour. Une cérémonie d'hommage s'est tenue le 7 septembre 2026 à la scène Muhsin Ertuğrul de Harbiye, une salle des Théâtres municipaux d'Istanbul où il avait joué.

Sources

  1. Wikipédia en turc, fiche « Serhat Mustafa Kılıç », consultée le 8 septembre 2026.
  2. Wikipédia en français, fiche « Serhat Kılıç », consultée le 8 septembre 2026.
  3. NTV (Turquie), montage d'archives « Serhat Kılıç'ın Anısına », diffusé le 7 septembre 2026.
  4. Cumhuriyet, Hürriyet et Milliyet (Turquie), comptes rendus du décès et de l'enquête, 5 au 7 septembre 2026.
  5. Festival de Cannes, palmarès 2014 : Palme d'or attribuée à Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan.