Le disque vinyle en 2013 et l’Internet

Fondateurs du site Backtovinyls.fr et très fiers du réseau créé, nous tentions d’expliquer il y a quelques mois, un peu naivement, pourquoi le disque vinyle est supérieur au CD et encore plus au MP3.  Nous tentions d’expliquer aussi pourquoi le marché du vinyle explosait a contrario des ventes de CD.

Ces positions n’ont pas changé depuis au regard du dernier Disquaire Day d’avril 2013 et de l’engouement suscité par l’évènement. Les gamins rentrent de nouveau dans les magasins, et  deux générations plus anciennes se rééquipent en matériel hi-fi et en disques. Ce constat fait de visu en magasin est donc plutôt positif : Les Geeks retournent aussi au vinyle sans honte de devoir expliquer à leurs rejetons ce qu’est ce truc noir, plat et bizarre qu’il faut poser délicatement sur un mastodonte de 10 kg pour faire du bruit.

Pour autant, les réinventeurs de roue répétant sans cesse les mêmes âneries, on peut se poser des questions quant au  marché du disque vinyl , à notre grand désespoir, et ce pour deux raisons :

La première raison est liée au développement anarchique et non contrôlé d’internet. Les magasins de Dublin survivent de plus en plus difficilement, les professionnels se tournant vers les plateformes de vente online et dématérialisant le contact charnel avec le client. Liverpool est un champ de ruine, Londres est très cher et Berlin est finalement très loin. Quelques  magasins Français « Indépendants » survivent grâce aux subventions du CALIF qui subventionne (sur fonds publics donc sur l’impôt de tous les Français) une partie du loyer des magasins si ces derniers justifient  d’un ratio de disque neuf important, et de diversité de production. En clair, il faut acheter du neuf en grande quantité aux 3 majors en France (indépendance ??), et à quelques petits  labels pour recevoir cette aumône publique. C’est l’exception culturelle Française. Certains magasins obtiennent les fameux subsides puis ferment après un an (nous en avons rencontré un hilare mais arrogant  il y a dix jours) ce modèle économique ne tenant pas la route évidemment malgré l’intention louable de départ.

L’internet anarchisé n’arrange rien. Nous sommes fiers chez Backtovinyls.fr de garantir la provenance de nos disques (le bio du bruit !!!). Nous sommes fournis pour le neuf par Warner, Universal, et par quelques labels indépendants. Cela veut dire que nous garantissons la qualité du neuf qui nous est donné par ces majors ( un problème, on leur retourne!). Ces produits sont tous supérieurs à 20 euros !  Ce qui est cher par rapport à ce que l’on trouve sur les plateformes de ventes internationales : Amazon, PriceMininister, Ebay, Fnac et autres. La  différence de prix est liée au fait que le marché du disque neuf est trusté par 5 ou 6 vendeurs, les mêmes sur TOUTES les plateformes mentionnées.  Leurs prix en neuf sont dérisoires, inférieurs aux prix des maisons de disques Françaises pour les mêmes produits. Ces vendeurs importent tous les produits d’Allemagne (majorité), des USA, du Kentucky (?) ou de l’Ontario ( ????).Comment en important ces produits de l’étranger (avec les couts de transports) peut-on vendre moins cher que les grossistes locaux ?  Le modèle économique pose question quand on peut trouver un Neil Young (Zuma 2010) à 7.50 euros alors que les vendeurs Français ( y compris Amazon et Fnac ) sont tous entre 15 et 20 euros minimum. Sans parler des différences de TVA ou de charges sociales de ces vendeurs  (filiales d’entreprises allemandes ou Suisses), quand ils vendent un disque neuf à 8 euros, c'est qu'ils ne l’ont pas payé cher s’ils veulent vivre un peu. On peut donc légitimement se poser la question de la qualité, voir de la légalité du produit (contrefaçon ?). Et si on leur pose la question des codes-barres, de l’année de pressage, ou de l’entreprise qui a pressé le disque, pas de réponse (on l'a fait ! ).   Que fait Bercy, que font les Douanes, et quid des accords Européens de lutte contre la contrefaçon que les plateformes de vente internet ont toutes signées?

A ce jeu-là les disquaires indépendants vendent du pressage original US à bas prix, achètent du neuf à ces vendeurs étrangers à bas prix pour le revendre avec une marge dérisoire sans regarder la qualité du produit ni même faire le métier de base du disquaire : écouter, proposer, garantir. J’ai vu la semaine dernière un magasin sur Toulouse proposer une ré-édition neuve, récente, scellée avec un sticker « original press ». Quand on pense que si les gens n'achetaient pas ça ne se vendrait plus, les gens ne sont pas sérieux non plus. C'est évidemment du Coluche pur jus, mais rien n'a changé depuis.

La seconde raison est liée au fonctionnement, digne de Tricatel, des maisons de disques.  Une grande partie du neuf contemporain est évidemment pressé sur la base d’enregistrement numérique sans défaut notoire (le dernier Iam est un bon exemple) et c’est tant mieux. Par contre la ribambelle de réédition de disques pressés dans les années soixantes, 70, 80 et 90 le sont sur une base moins claire. En d’autre termes si le disque vinyle ne mentionne pas qu’il a été re-pressé sur la base des bandes originales nettoyées et remasterisées, c’est que la maison de disque s’est servie d’un CD. Quel intérêt pour l’amateur de vinyle ?

2013 est donc une année pleine et le disque vinyle reste un marché clairement actif, passionnant, avec des découvertes d’artistes tous les jours. Mais comme pour toute croissance, les rotules et les articulations grincent. Les médecins en charge de cette adolescente qu’est la grande escroquerie du Rock’n’Roll vont devoir se poser les bonnes questions et faire un peu de ménage s’ils ne veulent pas tuer le patient en France. Ce constat amer et  un peu noir ne nous empêche pas chez Backtovinyls.fr de rester positif et, comme chez pas mal de vendeurs en magasin, de continuer à proposer de la presse originale de qualité à un prix raisonnable,  de l’EBM, de l’électro, du hard, du music-hall, du classique, du Français  et  du neuf pour tous les gouts.

A bientôt sur le site ou en magasin et faites attention à ce que vous achetez.
Plus d'infos sur Backtovinyls.fr

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