Lettre ouverte à un ami dont le fils travaille mal à l’école

Cher ami, tu me parles de ton fils avec beaucoup de désespérance. En effet, à t’entendre parler de son comportement à l’école et de ses résultats scolaires, je perçois tout ton malheur de père meurtri, blessé dans son orgueil d’avoir un fils aussi limité, aussi inconscient et insoucieux de son avenir.  Tu me demandes des conseils et je ne sais quoi te dire. Il m’arrive souvent de te rappeler que ton fils est juste normal, en plus d’être un ado chanceux. Plus chanceux que tu ne peux le percevoir et que son avenir pourrait être plus radieux que tu ne puisses le croire, il faut juste lui laisser le temps de grandir, le temps de se réveiller.

Sans vouloir t’offenser, je doute fort qu’à son âge tu valais mieux que lui! En tout cas, moi, pour sûr, je ne valais pas mieux que lui à son âge. En effet, si je ne puis parler pour toi avec certitude, au moins, je peux te parler de moi tel que j’ai été. Te parler de mon enfance et de mes résultats scolaires… Eh oui, si tu savais combien de fois j’ai été parmi les derniers de classe, tu ne me croirais simplement pas. Si j’avais été ton fils, tu m’aurais juste tué, sans aucune autre forme de procès, exaspéré par l’enfant que j’eusse été à tes yeux. Enfant, toutes les conditions étaient réunies pour que je ne performe pas à l’école. Assis au fond d’une classe sans plafond, n’ayant aucun effet scolaire pour moi, je passais mes journées à dormir sur les bancs de l’école. Mes parents n’avaient aucun intérêt et considération pour toute école autre que coranique; ils m’avaient placé à l’école française comme dans une crèche avec la complicité d’un enseignant soudoyé pour me laisser dormir indéfiniment.

Cher ami, j’étais de loin moins bien parti dans la vie que ton enfant! Ai-je échoué dans la vie? Je ne le pense pas. Même si je n’ai rien d’exceptionnel, je mène une vie normale, équilibrée et heureuse. Que peut-on demander de plus à la vie? L’enfant que je fus à l’école primaire et au début du secondaire n’a rien à voir avec l’adolescent travaillant que je fus par la suite, et l’exceptionnel étudiant dont on dit que je suis devenu. Un mauvais départ dans la vie ne signifie pas qu’il est impossible de rattraper le temps perdu, de dépasser les espérances et de se construire dignement… Bref, nous, parents, nous sommes parfois trop pressés de voir nos enfants au summum de leur potentialité. Donnons-leur le temps de grandir au moins, et faisons confiance à la vie! De toutes les manières, les vrais diplômes de l’existence sont rarement là où on les cherche….

Cher ami, devrais-je avoir le besoin de te rappeler, toi l’enseignant, qu’il y a plusieurs formes d’intelligence? Je crois même que la «non-intelligence» de certains ados n’est rien d’autre qu’une forme d’intelligence que nous ne parvenons pas à cerner. Cesse donc de voir l’avenir de ton enfant comme un désastre par le fait simple qu’il est faible en français ou en maths! L’intelligence à son summum, selon moi, est pareille à une constellation de lampes en pleine intensité, voilà pourquoi, je persiste à croire que c’est une erreur que de penser que toutes nos lampes s’allument en même temps, en un jour, et avec la même intensité. Pour la plupart des gens de ce monde, leurs lampes s’allument une à une à travers le temps et les expériences.

Cher ami, souhaiterais-tu que ton enfant soit toujours premier de classe? Certes, il faut beaucoup de mérite pour être premier de classe mais sache que les premiers de classe sont rarement les premiers dans la vie. Revient au passé et déroule le film de ta vie et de tes compagnonnages à l’école, tu seras surpris de te rendre compte de ce que j’affirme.

Pour finir, mon cher ami, ton fils qui n’a pour malheur que de ne pas aimer se forcer à l’école n’a aucun handicap ni physique ni mental, ne l’oublie pas! Et remercie-en le Ciel et prie qu’il en soit toujours ainsi. Un ado, son comportement est sa conscience du moment, il grandira….

Cher ami, j’insiste pour te rappeler combien d’individus à travers la planète ont des enfants nés avec de lourds handicaps et qui n’auront jamais ce privilège de les voir aller à l’école? Mieux, va à l’hôpital Sainte-Justine, tu y verras des enfants qui ont le même âge que ton fils et qui se débattent contre un malicieux cancer qui est sur le point de les emporter. Pour ceux-là, les parents n’ont pas le temps de s’apitoyer sur des résultats scolaires! Certes l’école est importante, mais elle n’est pas toute la vie! Au-delà des malades, pense aussi à toutes ces familles qui n’ont pas la chance d’avoir un enfant et qui souhaiteraient en avoir, peu importe ce que pourrait être leurs difficultés à l’école.

Enfin, mon cher ami, je termine en te disant que moi, le père que je suis ne met aucune pression débridée sur mes enfants, je les prépare à la vie comme je l’ai été et les accompagne à leur rythme. En effet, je n’ai pas besoin que les miens, soient doués pour espérer bien vivre. N’étant pas de ceux qui prennent tout pour acquis dans la vie, je remercie sans cesse le Seigneur de m’avoir donné des enfants car je n’avais aucune certitude en partant que j’allais en avoir. Qu’ils soient performants ou non à l’école, je les aimerai avec la même intensité et passerai mon temps à les encourager et à les soutenir quelles que soient leurs limites.

Mamadou B TALL.

Lifixew.com

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