Opiacés : traitements de substitution

Un malade dépendant des opiacés peut difficilement s’en sortir seul. Une prise en charge médico-psycho-sociale est indispensable, soutenue dans bien des cas par un TSO (traitement de substitution aux opiacés) médicamenteux qui palliera le manque inéluctable.

Ce ne sont pas des produits miracles, mais les TSO peuvent apporter une aide efficace en permettant de reprendre sa vie en mains et, finalement, de décrocher. Opioïdes synthétiques, les TSO évitent le syndrome de manque, réduisent l’obsédant désir de drogue et éloignent des pratiques du toxicomane. N'ayant plus besoin de trouver par n'importe quel moyen sa dose, le patient peut enfin se reconstruire. Les TSO sont une entreprise de longue haleine : même si la vie a repris son cours et le terrible craving – ce besoin obsédant de consommer – semble régulé, il ne faut pas arrêter après quelques mois. La substitution doit aussi s'inscrire dans une prise en charge globale et si possible en réseau de soins coordonnés. Un TSO améliore la qualité de la vie, restaure l'image de soi et est, d’après les patients, une aide transitoire pour sortir de la toxi-comanie ou un soutien nécessaire pour fonctionner au quotidien, dans un usage envisagé à très long terme.

• La méthadone : en sirop buvable ou en gélules, elle est prescrite dans les centres spécialisés de soins aux toxicomanes (CSST) et par certains médecins hospitaliers. Lorsque le patient est stabilisé et clean (sevré), un relais peut être prévu avec un médecin et un pharmacien de ville.

• La BHD (buprénorphine haut dosage) : grâce à une politique de réduction des risques, la buprénorphine est aujourd'hui prescrite à haute dose sous forme de comprimés sublinguaux (à faire fondre sous la langue) sous le nom de Subutex® par tout médecin pour aider un toxico-mane à éviter le manque et à perdre ses pratiques addictives. Son usage est parfois détourné pour être injecté ou sniffé. Plutôt déconseillé, mais face à l’héroïne, cela peut aussi constituer un premier pas vers un suivi médical avec TSO et sevrage à la clé.

• Également proposé sous forme de comprimés sublinguaux, le Suboxone® est un combiné de BHD et de naloxone. Il soulage le manque et supprime le craving, mais surtout empêche le mésusage du produit. En effet, la naloxone, lorsqu'elle est injectée, neutralise l'effet des opiacés et donc de la buprénorphine. Le patient ne perd la sensation de manque que s'il le laisse fondre sous sa langue, ce qui évite le détournement en “fix”.

Détournements

Hormis le mésusage des TSO pris en intraveineuse, d'autres produits sont détournés de leur prescription thérapeutique. Une nouvelle addiction à la morphine est apparue : l'utilisation détournée du Skenan® (sulfate de morphine) par injection est de plus en plus fréquente et remplace parfois l'héroïne. Ce nouveau phénomène-problème est bien connu d’ASUD [Auto Support et réduction des risques parmi les Usagers et (Ex usagers) de Drogues] et des CAARUD… Normalement, le Skenan® est prescrit pour des douleurs que les autres antalgiques ne parviennent pas à soulager, chez les malades très atteints, comme en chimio-thérapie, à l’hôpital.

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