L’érotisme en ombre chinoise dans la littérature

On parle souvent des écrivains moins souvent des « écrivaines », on parle souvent de l’image « virile » de l’auteur et même de l’écriture « puissante et éjaculatoire » d’un certain Victor Hugo… alors comment une femme peut elle trouver sa place, s’affirmer en tant que telle dans ce grand univers qu’est l’écriture, et en particulier dans le domaine de la sexualité?

erotisme femme chinoiseUne des plus grandes « auteures » du XXe siècle est certainement Colette qui a justement utilisé son sexe et sa féminité pour composer et qui les a même érigés au sommet de son verbe.

Mais la sexualité visuelle, exhibée et outrancière d’un Sade ou d’un Crébillon n’est en rien comparable à celle esquissée et savourée par Colette.

Cette dernière fait de la suspension et du sous-entendu le ressort principal de son érotisme. Dans Claudine en ménage, lorsque l’héroïne vierge et frémissante se retrouve dans les bras de son amant expérimenté, après l’angoisse, le premier frémissement puis le gémissement irrépressible, Colette laisse un blanc… Loin d’une pruderie ou d’une gêne de sa part, ce silence est au contraire l’espace de tous les possibles, un clin d’œil coquin au lecteur : « Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, Hypocrite lecteur, – mon semblable, – mon frère! ». Chacun son fantasme nous dit Colette, fantasme initié par le texte mais dont le lecteur est le seul maître dès qu’il s’en saisi.

Colette n’a pas été la seule à exceller dans cet art et elle n’a fait qu’ouvrir la voie à une nouvelle écriture de la sensualité et de la sexualité. Ainsi Marguerite Duras, un demi-siècle après elle, rédige l’Amant, la rencontre charnelle entre un séduisant chinois et une jeune française. Leurs entrevues ne sont qu’une étreinte continue durant laquelle le maitre guide l’élève et lui enseigne l’art de prendre et de donner du plaisir. Or Duras n’emploie pas de mots crus ou techniques pas de « foutre » pas d’ « anus » mais elle entraine subtilement le lecteur sur une voie encore plus équivoque par un silence entendu ; un cri, un frémissement une cadence irrésistible qui déchaine l’imaginaire fertile d’un lecteur excité.

Ainsi l’écriture féminine de la sexualité est parfois bien plus riche en ce qu’elle invite le lecteur à aller au-delà du fantasme de l’auteur pour explorer les siens enrichis de l’imaginaire porté par l’écriture.

La conception chinoise de la sexualité est le résultat de la combinaison du taoïsme – pour lequel la copulation est saine car elle garantit une longue vie à l’homme, qui se nourrit de l’énergie vitale de l’essence de la femme -, du confucianisme – qui considère que le but de la sexualité est d’assurer une descendance masculine et pas nécessairement la joie ou le bonheur – et, dans une moindre mesure, du bouddhisme – qui prêche la recherche de l’illumination spirituelle.

La régularisation sociale de la sexualité en Chine s’est accompagnée d’une littérature – technique, médicale, littéraire, éthique ou moralisatrice, érotique ou pornographique, il y en a pour tous les goûts – visant à canaliser les désirs, les appétits et les volontés. Le Li Chi ou Livre des rites, l’un des six livres classiques de Confucius, par exemple, comprend des directives spécifiques sur la vie conjugale.

Au cours des dynasties Chin et du début des Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.), une collection prolifique de manuels illustrés est apparue, montrant les différentes positions des rapports sexuels et détaillant même les manifestations physiologiques pendant le coït.

Ils ont été écrits pour apprendre aux hommes et aux femmes, peut-être pas de manière égale, comment avoir des rapports sexuels satisfaisants et pour vanter les avantages du coït en tant que régulateur neurophysiologique.

Il s’agissait de textes didactiques qui étaient également utilisés pour stimuler les femmes timides, comme la première épouse du protagoniste de Rou Pu Tuan, qui ne se libère des contraintes puritaines qu’après avoir contemplé et pratiqué les postures illustrées dans les livres que lui offre son jeune et ambitieux mari Vesperus.

Ces manuels ont proliféré pendant la période Song ( 908 à 1279 après J.C) grâce à l’invention de la gravure sur bois et ont été cachés pendant l’occupation de la dynastie mongole étrangère (1279-1367), lorsque des mesures confucéennes strictes ont été appliquées parce que les Chinois n’aiment pas montrer leur vie sexuelle aux étrangers.

Ils ont pratiquement cessé de circuler pendant la dynastie Ming (1368 à 1644 après J.-C.) et ont cédé la place à la littérature érotique, qui abonde en descriptions explicites d’actes sexuels et comprend des chefs-d’œuvre tels que Rou Pu Tuan, une comédie sexuelle mettant en scène l’étudiant zen Wei Yingsheng, qui veut devenir le meilleur poète du monde et aspire à épouser la plus belle femme de l'empire, et Jin Ping Mei.

 

Sidebar