Maux de société : mots de la langue ?

Le N'est-ce pas ? , le Hein ?!  et le Voilà !

Avez-vous remarqué depuis quelques années la profusion des Voilà qui ponctuent le rythme des phrases de nos contemporains ?

Comment une ancienne forme impérative (Voi là !) – qui indique comme il se doit l’injonction, en est-elle venue à prendre la place d’une explication claire, d’une argumentation qui n’est souvent plus dévelopée dans la phrase ?

     Voi(s) là ! – impératif en vieux français hérité du latin –  est devenu Voilà signifiant : c’est comme cela ! C’est ainsi !, c’est fini ! C’est bon comme ça !

En parallèle, comment expliquer la disparition de N’est-ce pas ? une locution interrogative qui a la double fonction de demander l’avis de l’interlocuteur tout en lui faisant accepter subtilement une remarque, voire une proposition ?

Tout bien considéré, le Voilà ! a remplacé le N’est-ce pas ? ou le Hein ?

     Voilà ! est  le signe d’une difficulté, d’une fatigue ou encore d’une impossibilité du discours à développer une démonstration suffisante qui emporte l’adhésion de l’interlocuteur.

     N’est-ce pas ? ponctuait une respiration en demandant la permission en quelque sorte à l’interlocuteur d’une pause de réflexion pour enchaîner les idées.

     Voilà ! ou Hein ! sous sa forme exclamative apportent une ponctuation qui veut mettre fin à un débat qui n’a donc plus de raison d’être.

Car, celui qui prononce cette injonction des temps modernes ne se fie plus à un enrichissement retiré d’une joute oratoire menée avec son partenaire et interlocuteur, mais se réfère davantage à un référentiel d’expertises situé en amont du discours, et qui apporterait la preuve indéniable que la vérité n’a plus à être discutée, qu’elle a pu suffisamment être vérifiée, et quelle clôt par conséquent toute discussion.

On peut même surprendre certaines personnes à commencer leur phrase par Voilà ! ce qui est le comble ! Dans ce cas, tout est déjà dit sur tout, chacun restant sur ses positions. A la limite, tout le monde aurait raison d’exprimer ce qu’il aurait a dire. Pourquoi donc l’exprimer ?

Cette marque de l’individualité poussée à l’extrême semble remettre en cause la viabilité à venir des débats d’idées -souvent à raison considérés comme fumeux et inutiles- comme si, finalement tout finirait par arriver et qu’il faudrait se résoudre à une forme de fatalité.

Seules les valeurs et les preuves concrètes observées seraient ainsi dignes de confiance.

Nous engageons-nous alors dans un monde fermé comme dans le prolongement de celui que Paul Valéry évoquait : Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous aurions donc acquis la certitude que la seule vision apparente de notre environnement – qui plus est, confirmée dans l’extension planétaire de nos valeurs nous condamnerait à l’acceptation de l’inéluctable.

Je pose la question : qui a édicté que les solutions enregistrées de notre passé doivent nécessairement converger vers l’endroit où les portent telle ou telle idéologie du moment ?

Louis COSTE, psychothérapeute

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