Je m'oriente donc je suis.. ou Suis-Je Orienté ? - Dmoz.fr | Actualité insolite
Aller au contenu

Je m’oriente donc je suis.. ou Suis-Je Orienté ?

Le jeu de mot qui inspire mon titre implique deux verbes: être et suivre.

S'orienter sur le marché du travail est souvent motivé par l'instinct de survie matérielle. On fait des choix souvent plus parce qu'il le faut. On se donne rarement le choix parce qu'entre deux emplois, on a des comptes à payer, des obligations à respecter. Notre civilisation nous pointe souvent la liberté de choix, mais pour plusieurs cette liberté résonne plutôt en terme “d'embarras du choix”. Y a-t-il moyen de choisir autrement ?

Se choisir pour mieux choisir devrait constituer la base de tout choix professionnel. Mais qu'est-ce qu'implique se choisir ? Qui suis-je ? À quelle étape académique ais-je appris à mieux me connaître ? Réponse ? Jamais. Le curriculum académique vise d'abord l'apprentissage de contenus d'information jugés formateurs pour l'esprit humain. Le gobe-régurgite qui caractérise l'habituelle pédagogie académique omet la question du sens de ces apprentissages, pourtant essentielle à une intégration personnalisée de ces contenus. Autrement dit, on apprend dès notre jeune âge à répondre à ce qu'on s'attend de nous, sans tenir compte du sens qu'on doit en faire pour s'orienter significativement dans le vie. On apprend à suivre ce qu'on attend de nous au lieu de se suivre ce qu'on s'attend de soi.

Être ou suivre, voilà LA question.

Pour s'orienter en fonction de soi, faut se connaître. Quand prenons-nous le temps de s'arrêter pour faire le point sur les expériences de vie ou de travail qu'on traverse ? Réponse ? Probablement jamais, trop occupés que nous sommes de répondre aux exigences de la survie matérielle qui commande un choix à tout prix. Le problème est précisément là: dans cette précipitation.

Une démarche d'orientation permet de concilier Être (ce qu'on désir) et suivre: l'imposant courant de nos obligations. Une démarche en bonne et due forme permet à une personne de redécouvrir sa valeur et son potentiel professionnel. À une époque où on se fait “presser le citron” de notre capacité à répondre aux exigences, au nom d'une incessante productivité accrue, il est essentiel de fonder le savoir-s'orienter de la main d'oeuvre, exposée aux exigences accrues du marché du travail, sur le potentiel des individus. Passer à côté de cette variable équivaut à continuer d'exiger un rendement accru sur une base d'une compétence incertaine. Les processus d'embauche reposent trop souvent sur une approximation mal systématisée du potentiel humain. On laisse au bon jugement des intervieweur le sort des interviewés. Plus souvent qu'autrement, ce sont des dynamiques émotives plus ou moins régressives qui constituent le fil conducteur de l'entrevue. Le focus de l'intervieweur imbibé d'un jeu de pouvoir générateur d'une ascendance induisant le besoin de plaire et surtout pas déplaire de l'interviewé. Lorsque ce biais émotif s'installe, normal de perdre de vue les véritables enjeux, de compétences. En ce sens, les entrevues d'emploi sont souvent orientés théâtralement, loin de l'objectivité requise pour évaluer adéquatement la pertinence des candidatures en jeu.

S'orienter en fonction de soi, pour s'assurer qu'on s'en va offrir ce qu'on a de mieux à offrir dans un emploi (nos compétences, fondées sur son potentiel) est crucial pour humaniser la productivité. Négliger ce besoin de mieux-être dans le travail contribue au fléau d'épuisement professionnel qui mine la productivité, pourtant escomptée. N'est-il pas le temps de réordonner notre façon de se voir prendre notre place sur le marché du travail ? N'est-il pas le temps de rationaliser davantage les processus d'embauche, pour faire plus de place à un dialogue bi-drectionnel, au lieu de procéder à partir de la traditionnelle façon unidirectionnelle: question —> réponse. Sortir d'un cadre dominant-dominé à un partage plus authentique où l'employeur autant que l'employé se questionnent, réciproquement, pour s'assurer de la réciprocité pour l'un et l'autre, au lieu de l'un vers l'autre.

Érick Beaulieu conseiller d'orientation professionnelle & éducative
http://www.erickbeaulieu.co

-