L’histoire des momies

La momification était un processus propre aux anciens Égyptiens. Ceux-ci croyaient qu’en préservant le corps, l’âme pouvait vivre dans l’au-delà. Malgré les divers forfaits proposés par les embaumeurs, seuls les riches pouvaient se permettre de momifier leurs morts et de leur offrir une tombe raffinée. Les civils ordinaires étaient enterrés dans des fosses et certains corps étaient desséchés naturellement.

La momification était un processus long et complexe qui prenait 70 jours. La violation du corps étant impie, la première incision sur le cadavre était effectuée par un disséqueur qui était ensuite rituellement chassé de la Chambre d’embaumement à coups de pierres. Les intestins, poumons, estomac et foie étaient ensuite retirés – ils étaient momifiés et placés dans des vases spéciaux appelés canopes. Le cerveau était réduit en bouillie à l’aide d’un instrument long et étroit et drainé par le nez ou l’arrière du crâne. Le cœur, alors considéré comme le siège de l’apprentissage, était laissé en place. Durant le processus de la momification, les prêtres vénéraient les morts, brûlaient de l’encens, récitaient des prières et invoquaient l’aide et la protection des dieux égyptiens antiques. Une fois nettoyé, le corps était prêt à être séché.

Les anciens Égyptiens recouvraient le corps de sels de natron, qui absorbaient toute son humidité. Après une période de 40 jours, celui-ci était débarrassé des sels et garni d’herbes, huiles et épices, afin de nettoyer et préserver les cavités. Si des parties du corps manquaient, le cadavre était équipé de faux membres en bois ou d’yeux en obsidienne. Commençait alors le bandage. Les doigts et les orteils étaient traités individuellement et leur extrémité était recouverte d’or. Un grand nombre d’amulettes étaient placées à des zones précises du corps en guise de protection. Souvent, des guirlandes de feuilles ou de baies, présumées avoir des propriétés rajeunissantes, étaient placées autour du cou. Les cheveux étaient oints d’huile et parés de bijoux.

La chaleur et les poux contraignaient les anciens Égyptiens à se raser la tête ; des perruques élaborées (en cheveux humains) étaient donc posées sur la tête du décédé. Le corps était maquillé, vêtu de beaux vêtements et paré. Alors que les femmes étaient enterrées avec des peignes et de la poterie, les hommes étaient armés de poignards ou d’épées. Les objets étaient placés sur le corps ou sous les bandelettes.

Au début du 20e siècle, l’égyptologie en était à ses débuts et de nombreux excavateurs ignoraient les vestiges humains. Les premiers archéologues étaient plus intéressés par les trésors que par les momies. Bien que Howard Carter fut un brillant excavateur, il ne pouvait imaginer que les progrès de la science nous autoriseraient des découvertes importantes sur les momies égyptiennes anciennes. Malgré tout, le monde était fasciné. Même à l’époque victorienne, l’enlèvement des bandelettes d’une momie égyptienne (qui avait souvent lieu dans des salles de dessin bondées) était suivi d’un thé, de gâteaux et de conversations polies.

Heureusement, les temps ont changé et le premier enlèvement scientifique de bandelettes d’une momie eut lieu à Manchester, Angleterre, lorsque Margaret Murray examina les frères Khnoum-Nakht et Nekht-Ankh, en 1908. C’est ici que le professeur Rosalie David mena plusieurs recherches novatrices sur les maladies antiques. Elle créa en 1979 la Base de données internationale de la momie, utilisant l’endoscopie et les études sérologiques, les examens radiographiques et l’IRM. La recherche scientifique peut-être la plus importante sur les momies antiques fut entreprise à Paris entre 1976 et 1977, à l’arrivée de la momie de Ramsès II. Une équipe de plus de 100 scientifiques, y compris des botanistes, microbiologistes et anthropologues, travaillèrent sur son corps et publièrent de nouveaux éléments saisissants sur les techniques de momification.

Les analyses qui emploient des échantillons d’ADN sont aujourd’hui utilisées dans les études de la momie. Bien que la pratique soit encore limitée, elle permet aux égyptologues d’identifier, d’établir et d’étudier les groupes familiaux. Nous sommes maintenant capables de faire la lumière sur la vie quotidienne des anciens Égyptiens, au-delà de l’hygiène dentaire, des teintures capillaires et du maquillage. Nous pouvons étudier les textiles, les bijoux, les huiles et même les poux (les plus anciennes lentes du monde ont été trouvées sur une momie de Manchester). De ces analyses effectuées nous en apprenons beaucoup sur les maladies, les affections et les maux et douleurs de personnes de toutes classes confondues, et nous pouvons même identifier les plaies d’un traumatisme, l’arthrite et la polio. L’invention de nouvelles techniques de balayage a rendu obsolète le processus destructeur de ‘dérouler’ une momie. Les momies continuent pourtant de fasciner, d’exciter et de nous inspirer.

 

Extrait du magazine Comment ça marche – février 2012

 


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