Maya Ksouri : l'avocate tunisienne devenue chroniqueuse
Le savez-vous ?
Quel métier Maya Ksouri exerçait-elle avant de passer à la télévision ?
Avocate. Titulaire d'un DEA en droit public et financier obtenu à Tunis, elle s'était spécialisée dans le droit des assurances avant que la séquence ouverte en 2011 ne la conduise vers les médias.
Quel métier rêvait-elle d'exercer, enfant ?
Pilote de ligne. Elle y a renoncé à cause de sa myopie et s'est tournée vers les lettres, puis vers le droit, racontait-elle à WebManagerCenter en mars 2018.
Quel titre a-t-elle donné à sa lettre de démission en quittant son émission ?
« L'amour dure trois ans », clin d'œil au roman de Frédéric Beigbeder. Elle quittait Klem Ennes après trois saisons, estimant que le format avait perdu de sa fraîcheur.
Maya Ksouri est une avocate tunisienne devenue chroniqueuse de télévision, puis romancière. Formée au droit à Tunis et spécialisée dans les assurances, elle n'avait aucune formation de journaliste quand elle a rejoint, en 2012, l'émission Klem Ennes sur la chaîne privée El Hiwar Ettounsi. Ses portraits d'invités, préparés à coups de dossiers documentés, en ont fait l'une des figures les plus commentées du paysage audiovisuel de son pays, admirée pour sa franchise et contestée pour son ton. Depuis, elle a animé des entretiens pour l'Institut français de Tunisie et publié deux romans en arabe, Rue d'Angleterre en 2019 et Balass el Yhoudi en 2025.
Qui est Maya Ksouri avant d'apparaître à la télévision ?
Avant les plateaux, Maya Ksouri est une juriste. Elle décroche un DEA en droit public et financier à la faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, puis exerce comme avocate spécialisée dans le droit des assurances, rapportait le magazine Leaders en décembre 2016. Rien, dans ce parcours, ne la destinait à commenter l'actualité : « J'ai longtemps refusé les sollicitations des médias, pensant que je n'avais pas les qualifications requises », confiait-elle à la journaliste Nejiba Belkadi.
L'engagement, lui, est plus ancien. Lycéenne à El Menzah 6, elle suit les papiers du journaliste Abdelaziz Jeridi et se forge une sensibilité de gauche. Dès son premier jour à la faculté, elle contacte les représentants de l'Union générale des étudiants de Tunisie pour s'y engager. Candidate au conseil scientifique en 1991, elle est battue par les listes islamistes, et reproche alors à ses camarades leur manque de lectures : « Ils citent Marx sans l'avoir vraiment lu », expliquait-elle à WebManagerCenter. Comme Fanny Petitbon du côté du plaidoyer associatif, ou Khalida Boufedeche du côté des institutions, elle appartient à cette génération maghrébine dont l'entrée en public passe d'abord par le militantisme.
Comment une avocate en droit des assurances devient-elle chroniqueuse ?
Par le cabinet, puis par la presse écrite. Maya Ksouri partageait ses bureaux avec l'avocat Abdelaziz Mzoughi, dont un ami, Omar Shabou, relançait alors le quotidien arabophone Le Maghreb après un retour de France. Shabou lui propose d'écrire. Ses textes, très critiques envers la mouvance islamiste, trouvent un public chez les progressistes tunisiens, raconte le portrait publié par WebManagerCenter en mars 2018. Radios et télévisions, désireuses d'associer des femmes aux débats de l'après-2011, la sollicitent à leur tour.
Le 12 janvier 2011, sortie manifester, elle est molestée par les forces de l'ordre et y laisse deux dents, selon le récit publié par Leaders. Un an plus tard, encouragée par son fils Youssef, elle accepte la proposition d'Attounissia et devient chroniqueuse de Klem Ennes. Cette bascule tardive d'un métier vers un autre rappelle d'autres virages abrupts, comme celui de l'ingénieur devenu comédien Raphaël Quenard, du pilote reconverti au handbike Alessandro Zanardi, ou de la joueuse de tennis passée à la mode Mia Savio.
Pour préparer ses entretiens, Maya Ksouri déclarait arriver sur le plateau « avec un dossier lourd de 60 pages résumant la carrière, les déclarations et les opinions » de son invité, dans un entretien accordé à WebManagerCenter le 16 mars 2018.
Quelles émissions ont bâti sa réputation en Tunisie ?
Klem Ennes, d'abord, où elle dresse chaque dimanche des portraits sans concession des invités. Trois saisons plus tard, elle démissionne par une lettre qu'elle intitule « L'amour dure trois ans », en référence au roman de Frédéric Beigbeder, estimant que le paysage culturel tunisien n'offrait plus assez de profils à recevoir. Elle participe ensuite à Kelmet nsé, aux côtés de trois femmes journalistes, puis revient sur El Hiwar Ettounsi pour El Hak Maak, émission de défense des usagers présentée par Hamza Belloumi et consacrée aux blocages de l'administration.
Elle tient aussi une chronique quotidienne dans Midi Med, sur Radio Med, et anime en 2019 l'émission Tounes Alyawm. En avril 2020, l'Institut français de Tunisie et l'ambassade de France lui confient Des/Confinés, une série d'entretiens diffusée trois fois par semaine sur Facebook. Le premier invité est le philosophe Youssef Seddik ; suivront le rappeur Akhenaton, du groupe IAM, l'historienne Sophie Bessis, l'ancien directeur de la Cinémathèque française Serge Toubiana, le philosophe Raphaël Enthoven, l'actrice Anissa Daoud et le comédien Raouf Ben Amor. La chroniqueuse y devient intervieweuse, un déplacement que connaissent aussi Eugénie Bastié, Eliot Deval ou Alex Vizorek de l'autre côté de la Méditerranée.
Qui est Abdelaziz Mzoughi, le mari de Maya Ksouri ?
Abdelaziz Mzoughi est avocat, et c'est son mari. Le site Directinfo, adossé à WebManagerCenter, rapportait le 16 novembre 2023 qu'elle avait fêté l'anniversaire de « son mari, l'avocat Abd Aziz Mzoughi », en compagnie de leur fils Youssef, images publiées sur son compte Instagram. Les deux avocats ont longtemps partagé le même cabinet, ce qui explique la place de Mzoughi dans son basculement vers les médias : c'est par son entremise qu'elle rencontre Omar Shabou.
Le couple apparaît aussi dans un souvenir politique qu'elle raconte à WebManagerCenter : au palais de justice de Tunis, au début de 2011, elle croise avec son mari l'avocat et dirigeant de gauche Chokri Belaïd, et l'interroge sur la montée des mouvances religieuses. Il la rassure, au nom du caractère populaire du soulèvement. Belaïd sera assassiné deux ans plus tard, en février 2013. Ce mélange entre trajectoire familiale et métier se retrouve ailleurs dans nos portraits, de Mari Osaka à Edie Blanchard, où le nom porté pèse autant que le travail accompli.
Que racontent ses deux romans ?
Ses deux livres, écrits en arabe, parlent de mémoire tunisienne. Rue d'Angleterre (Nahj Anjletra) paraît début 2019 aux éditions Masciliana et fut son premier ouvrage. Le roman revient sur la Tunisie des années 1970 : mouvements étudiants, lutte contre le pouvoir, affrontements entre la gauche et les islamistes, matière qu'elle connaît de l'intérieur pour avoir milité à l'Union générale des étudiants de Tunisie. L'Institut français de Tunisie organise en 2019 une rencontre autour du livre, animée par Zeineb Hammi, en présence de la librairie Clairefontaine.
Balass el Yhoudi, littéralement « l'immeuble du juif », est annoncé par La Presse de Tunisie le 27 août 2025. Le récit rassemble dans un même lieu des femmes de classes sociales, de religions et de nationalités différentes, et cherche à rendre une voix à des existences absentes du récit officiel. Le passage de la parole publique à l'écriture n'a rien d'isolé dans cette rubrique : Sophie Coste a publié un premier roman après la télévision, Mourad Winter est passé de la scène au livre, et Jacques de Villiers a signé un premier texte à 23 ans.
Quels risques son franc-parler lui a-t-il valus ?
Des menaces de mort, documentées par la justice tunisienne. En février 2015, une vidéo diffusée sur Facebook montre un individu armé d'une kalachnikov proférant insultes et menaces de mort contre elle. Le ministère public ordonne l'ouverture d'une enquête, et Sofiène Selliti, porte-parole du Tribunal de première instance, déclare à l'agence TAP que les autorités italiennes ont interpellé l'homme le lundi suivant, une procédure d'extradition étant engagée. Maya Ksouri est entendue le même jour.
Ses prises de position lui valent aussi des polémiques publiques, notamment un droit de réponse adressé en septembre 2016 au cofondateur de Mediapart Edwy Plenel, à propos du burkini, texte relayé par la revue Marianne. Ses détracteurs lui reprochent un anti-islamisme systématique, ses défenseurs saluent une parole rare. Le débat sur la place d'une voix clivante dans un espace médiatique restreint dépasse largement Tunis : on le retrouve autour de Smaïl Bouabdellah, de Myriam Seurat ou de Kader Aoun, chacun à sa manière comptable de ce qu'il dit à l'antenne.
Avec quels autres noms Maya Ksouri est-elle associée ?
Avec ceux de la scène culturelle tuniso-française, principalement. Ses entretiens de 2020 l'ont mise face à Youssef Seddik, Sophie Bessis, Anissa Daoud, Raouf Ben Amor, Taoufik Mjaied et Akhenaton, soit un échantillon des deux rives de la Méditerranée. Côté profession, son nom reste attaché à ceux d'Abdelaziz Mzoughi, d'Omar Shabou et de Hamza Belloumi, et côté édition à la maison Masciliana.
Dans la galerie de portraits de cette rubrique, elle voisine avec d'autres figures dont le travail se joue entre plusieurs pays ou plusieurs langues : le chanteur kabyle Mohamed Allaoua, l'artiste du raï Reda Taliani, le musicien Saint Levant, la chanteuse Nora Rahal, l'acteur turc Serhat Kılıç, la princesse Lalla Meryem, l'entrepreneur Cédric Elsener, le footballeur Issam Chebake, l'ailier Anis Hadj Moussa ou l'attaquant El Bilal Touré. Côté scène française, les portraits d'Anne Bouvier, de Juliette Plumecocq-Méch et de Valérie Lagrange racontent la même chose : une parole publique se construit sur la durée, rarement d'un coup.
Questions fréquentes
Qui est Maya Ksouri ?
Maya Ksouri est une avocate tunisienne devenue l'une des chroniqueuses de télévision les plus commentées de son pays, puis romancière. Titulaire d'un DEA en droit public et financier obtenu à la faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, elle exerce d'abord comme avocate spécialisée en droit des assurances. La séquence politique ouverte en 2011 la conduit vers la presse écrite, puis vers les plateaux : elle rejoint en 2012 l'émission Klem Ennes comme chroniqueuse. Elle a depuis animé des entretiens pour l'Institut français de Tunisie et publié deux romans en arabe, Rue d'Angleterre en 2019 et Balass el Yhoudi en 2025.
Qui est le mari de Maya Ksouri ?
Le mari de Maya Ksouri est l'avocat Abdelaziz Mzoughi, avec qui elle partageait un cabinet à Tunis. Le site Directinfo, adossé à WebManagerCenter, rapportait le 16 novembre 2023 qu'elle avait fêté l'anniversaire de « son mari, l'avocat Abd Aziz Mzoughi », en compagnie de leur fils Youssef. Ce lien a aussi pesé sur sa trajectoire professionnelle : selon le portrait publié par WebManagerCenter en mars 2018, Omar Shabou, fondateur du journal Le Maghreb, était un ami de Me Mzoughi, et c'est par ce canal que Maya Ksouri a commencé à écrire dans la presse, avant la télévision.
Quels livres a écrits Maya Ksouri ?
Maya Ksouri a publié deux romans en arabe. Le premier, Rue d'Angleterre (Nahj Anjletra), paraît début 2019 aux éditions Masciliana : il se déroule dans la Tunisie des années 1970 et suit les mouvements étudiants, la lutte contre le pouvoir et les affrontements entre la gauche et les islamistes de l'époque. Le second, Balass el Yhoudi, littéralement « l'immeuble du juif », a été annoncé par La Presse de Tunisie le 27 août 2025. Il réunit dans un même lieu des femmes de classes sociales, de religions et de nationalités différentes, et cherche à rendre une voix à des existences absentes du récit officiel.
Sources
- Nejiba Belkadi (2016), « Maya Ksouri : la chroniqueuse insoumise ». Leaders, magazine tunisien. leaders.com.tn
- Amel BelHadj Ali (2018), « Portrait de femme : Maya Ksouri, la vérité et l'authenticité pour vaincre le mensonge et la mesquinerie ». WebManagerCenter. webmanagercenter.com
- La Presse de Tunisie (2025), « Maya Ksouri publie Balass el Yhoudi : une plongée dans les mémoires occultées ». lapresse.tn
- Tekiano (2015), « Arrestation en Italie de l'individu qui a menacé de mort l'avocate Maya Ksouri », d'après l'agence TAP. tekiano.com
- African Manager (2020), « Des/Confinés, la nouvelle émission virtuelle animée par Maya Ksouri ». africanmanager.com
- Directinfo (2023), « Maya Ksouri fête l'anniversaire de son mari avec amour et spontanéité ». directinfo.webmanagercenter.com
