Centrales nucléaires françaises et drones : le risque n’est pas nucléaire

Au total 22 survols de centrales nucléaires françaises, et aucun auteur n’a été identifié. Chaque signalement fait état de signalements « dans la soirée ou tôt le matin » ce qui signifie que les actions ont été effectués de nuit. Une autre chose frappante est la simultanéité des incidents, où plusieurs sites éloignés de plusieurs centaines de kilomètres ont été survolés en même temps. Les soirées du 19 octobre et 31 octobre ont été chacune le théâtre de 4 signalements. Il est donc logique de penser que ces survols n’ont pu être réalisés que par un groupe d’individus organisés, au minimum 3 à 4 personnes ou groupes si l’on considère que les survols de Chooz et Nogent sur Seine (distants de 3h20) et Saint Laurent des Eaux et Dampierre (distants de 1h20) ont été réalisés par la même personne / groupe.

Il est dès lors difficile de penser qu’il s’agit de fanfarons s’amusant à survoler les centrales « pour le fun ». Les associations Greenpeace et Sortir du nucléaire ont d’ores et déjà démenti être les auteurs de ces actions, et ont généralement pour habitude de les revendiquer .

Nous faisons donc face à un groupe organisé et non identifié, disposant de moyens financiers suffisamment importants pour effectuer ce type de survols qui, réalisées de nuit, impliquent de posséder un matériel onéreux :
Un drone quadricoptère ou octocoptère longue portée à nacelle caméra orientable comme celui-ci ou ceux-là (les gendarmes indiquent avoir suivi dans certains cas les drones jusqu’à des villages voisins éloignés de plusieurs kilomètres) et capable de transporter une caméra à vision thermique compacte comme celle ci ou celle là (observez le prix de ce type d’équipement).
L’hypothèse de présence d’une caméra thermique est renforcée par le fait que ce type d’analyse thermique est plus difficile de jour car le soleil réchauffe les bâtiments, et que de toute façon une caméra classique ne permet évidemment pas de filmer quoi que ce soit de nuit.

 Un peu de mathématiques

Les auteurs des faits disposent donc au minimum d’un drone et ses équipements (GPS, nacelle, batterie, électronique etc..) à 2000€ minimum et une caméra thermique à 5000€ minimum. Multiplié par 3 personnes ou groupes, soit minimum 21000€ de matériel.
Pas vraiment du matériel de M. Michu qui fait voler un drone dans son jardin pour filmer la voisine qui fait bronzette sur son transat.

En gestion de risque, et lorsqu’une menace est identifiée préalablement à une analyse (c’est mieux) ou suite à un incident (c’est moins bien), il est indispensable d’identifier tous les impacts que pourraient engendrer la menace sur des actifs (centrales nucléaires) ou actifs en supports (éléments composant la centrale) à protéger .

« Pas d’inquiétude, on vous dit ! »

Quelle est ici la menace ? Des drones pilotés par un groupe d’individus organisés et non identifié cartographient thermiquement nos centrales nucléaires de nuit. Assez effrayant vous ne trouvez pas ?
Vraisemblablement pas préparés à ce nouveau type de menaces, EDF et l’Etat s’interrogent sur les auteurs de ces actions, sans aucun résultat pour le moment. Les réactions rassurantes se sont multipliées suite à ces incidents, et on nous dit que les installations « sont censées résister à des secousses sismiques de forte magnitude ou à des crashs d’avions de ligne ». C’est probablement vrai pour le réacteur nucléaire en lui même situé dans l’enceinte de confinement, beaucoup moins pour un autre élément très important pour la fourniture de l’énergie produite par le réacteur…

Et si on se trompait de cible ?

Le transformateur est un élément dégageant beaucoup de chaleur par sa nature même, et donc facilement identifiable par le type de drone utilisé. Un transformateur élève la tension du courant électrique produit par l’alternateur pour qu’il puisse être plus facilement transporté dans les lignes très haute tension. Les médias et les politiques se trompent donc de cible. Le risque n’est pas nucléaire car un drone n’a aucune chance de pouvoir percer l’enceinte de confinement du réacteur. Le risque est lié à la fourniture d’énergie, le transformateur n’étant pas dans l’enceinte de confinement, est donc beaucoup plus vulnérable et les conséquences seraient d’ailleurs potentiellement beaucoup plus désastreuses…

EDF dispose de transformateurs de rechange, et une atteinte extérieure à cet élément, bien qu’étant un incident majeur, est prévue et réparable sans impact sur la fourniture globale d’électricité. Or, qu’adviendrait-il si ces transformateurs étaient visés simultanément ? L’électricité en France est produite à 85% par le nucléaire, L’impact serait désastreux. Le réseau électrique français tomberait immédiatement. Il serait impossible pour EDF de réparer de façon rapide tous les transformateurs endommagés, encore faut-il en disposer d’un nombre suffisant de rechange en temps et en heure.

Une Europe sans électricité

Plus de communications, plus d’industrie, plus de services, plus de chauffage, le chaos s’installerait très rapidement et l’économie serait à terre. Ce scénario ne serait pas limité à la France : nous sommes les 1er exportateurs mondiaux d’électricité. Les conséquences s’étendraient en cascade à toute l’Europe. De nos jours il est difficile d’imaginer un incident si important, or la cascade de conséquences que pourraient engendrer un tel événement serait dramatique et s’étendrait bien au delà de nos frontières.

 Une gestion de risques « light »

Nous sommes clairement face à une menace importante, non anticipée puisque les drones ont pu survoler librement et sans encombres des sites sensibles. Des mesures de sécurité indispensables n’ont donc pas été mises en oeuvre. Les auteurs font jusqu’à présent preuve d’une grande habilité pour ne pas être identifiés.
La simultanéité des survols et les moyens utilisés indiquent une volonté forte, un but déterminé. Les auteurs sont organisés et capable de réitérer la chose, toujours de manière simultanée, mais avec des drones ne transportant pas cette fois-ci une caméra thermique, mais par exemple un objet explosif. Si cette hypothèse, qui semble être la seule qui tient la route, venait à se vérifier, alors elle se produirait probablement lors de la première vague de grand froid, fin novembre ou début décembre, lorsque les besoins en énergie explosent et que tous les réacteurs tournent à plein régime.

Le risque, c’est de se croire en sécurité.


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