Obstacles et scénographie.

Définir l'obstacle paraît être l'élément essentiel pour engager toute réflexion scénographique. En termes courants, on parle d'obstacle pour tout ce qui arrête, s'oppose,  tout ce qui résiste à une force. Un texte dramatique s'appuie principalement sur les obstacles qu'il dresse devant ses personnages pour provoquer situations et décisions; l'action avance et il serait tentant de croire qu'il suffit au scénographe de construire quelques obstacles physiques dans les espaces qu'il met en oeuvre pour satisfaire aux situations dramatiques.

Le premier obstacle est la communication entre le metteur en scène ou maître d'ouvrage et les savoir-faire du scénographe. Des idées sont échangées, elles s'articulent autour d'une succession de situations dramatiques portées par les comédiens qui doivent à l'intérieur de l'espace désiré du metteur en scène, se confronter à l'espace concret mis en place par le scénographe. Une maquette réelle ou en 3D constitue l'interface idéale pour  communiquer et avancer sur les parti-pris de chacun.

Le deuxième obstacle viendrait de la capacité à une scénographie à s'adapter aux différents espaces vides rencontrés pendant la tournée. Un lieu d'accueil n'est jamais vraiment vide. S'adapter à un médiocre rapport scène salle, se confronter à un espace public surchargé, le scénographe est satisfait s'il a su concevoir un espace souple qui va tirer parti des défaillances structurelles de certains lieux.

Il serait judicieux de  placer le budget en première position des obstacles rencontrés, mais ce serait injustifié de croire que les scénographies sont de plus en plus épurées faute de moyens financiers. Pour mieux utiliser la partie du budget allouée à la scénographie, il faut considérer le transport des décors, leur montage, leur démontage, leur stockage, comme autant d'obstacles qu'il est indispensable d'optimiser dès la conception du projet.

Un chef constructeur, un peintre décorateur, un régisseur, peuvent constituer également une richesse d'obstacles à utiliser. Une bonne collaboration passe par un choix de mots très précis et par un avant-projet détaillé sur plan issu de la maquette réelle ou 3d qui devra posséder toute la souplesse nécessaire à l'épanouissement des savoir-faire de chacun.

C'est en puisant dans ses multiples expériences personnelles (conflits, compromissions) que le scénographe va structurer l'espace vide pour tenter de produire du rêve. Ce rêve aura d'autant plus de valeur qu'il se sera inventé sur les multiples contournements ou franchissement d'obstacles directement inspirés de la réalité.

Olivier Borne, scenographe, www.olborne.com

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