L’histoire de la guitare

La guitare n’apparaît en Europe qu’au 9ème siècle, introduite en Espagne par les peuples Arabes et Berbères qui franchissent la Méditerranée à l’assaut de l’Europe et apportent au passage leurs spécificités culturelles. C’est ainsi l’on voit apparaître une sorte de cousin éloigné du luth, la guitarra morisca. Venu du pays des Maures, comme son nom l’indique, l’instrument a une forme de poire allongée qui n’est pas sans rappeler celle de la mandoline.  Il n’a alors que quatre cordes.

Vers le 13ème siècle, la guitarra latina fait son apparition. Elle dispose d’une table assez étendue, avec une légère courbe sur les côtés, et de ce fait, préfigure l’apparence des guitares modernes. Cette guitarra latina ne comporte que 5 cordes. Les troubadours du Moyen Âge vont se charger de la populariser sur les routes d’Europe.

Trois siècles plus tard, de nouvelles déclinaisons apparaissent avec pour caractéristique majeure la présence de 5 doubles cordes – qui intensifient la puissance sonore mais rendent le jeu plus complexe.

Dans le sud de l’Italie comme en Espagne, la vihuela arbore une forme assez proches des guitares classiques qui ont suivi, mais sous une forme réduite et ramassée, et ne comporte que peu de frettes (cases).

La guitare Rizzio qui se développe en France frappe tout autant par sa ressemblance avec les modèles classiques d’aujourd’hui. Elle se distingue par un luxe de motifs décoratifs sur toute sa structure, à l’avant comme à l’arrière.

La chitarra battente de l’Italie méridionale arbore une forme similaire bien que plus allongée, avec une décoration plus dépouillée.

À cette époque, si l’on en croit les historiens, la guitare jouit de peu de considérations, en comparaison au luth. Bien que l'instrument soit apprécié par la noblesse française, son rôle demeure mineur dans la musique classique.

Il faut attendre le 19ème siècle pour voir la guitare va connaître un développement de taille. Cet essor est dû pour l’essentiel à deux hommes : le luthier Antonio de Torres et le musicien Francisco Tarrega.

Vers la fin du 18ème siècle, un changement majeur s’est produit : la guitare s’est vu adjoindre une sixième corde. Dans le même temps, le répertoire de l’instrument a commencé à s’enrichir avec les œuvres écrites par le compositeur espagnol Fernando Sor (1778 – 1839).

En 1856,  le luthier Antonio de Torress, alors âgé de 39 ans construit un modèle de guitare appelée La Leona, dotée d'un corps élargi, avec une forme qui demeure encore aujourd’hui le modèle des guitares classiques.

En 1874, peu après avoir acquis une La Leona, le jeune Francisco Tárrega entre au Conservatoire de Séville. Le talent qu’il démontre incite l’un de ses professeurs à l’encourager dans cette voie plutôt que dans celle du piano. Outre ses compositions propres, il va transcrire pour la guitare les œuvres de compositeurs classiques tels que Chopin ou Beethoven. Tárrega développe ainsi les bases de la guitare classique et va ainsi jouer un rôle majeur pour ce qui est de promouvoir cet instrument.

Au 20ème siècle, un autre guitariste espagnol s’impose et popularise encore davantage la six cordes, Andres Segovia. Né en 1893, il donne ses premiers concerts alors qu’il n’a que 20 ans et se fait remarquer de façon internationale pour sa virtuosité. Il influe sur le développement de la guitare en incitant à l’adoption de cordes en nylon – elles étaient jusqu’alors composées de boyau animal. Sa renommée est telle qu’il peut demander aux grands compositeurs de son époque d’écrire des œuvres pour cet instrument : Villa-Lobos, Darius Milhaud, etc. Villa-Lobos et Joaquin Rodrigo vont notamment écrire le célèbre Concerto d'Aranjuez. Segovia effectue lui-même la transcription d’œuvres classique pour cet instrument.

De l’autre côté de l’Atlantique, la guitare est couramment utilisée par les chanteurs de blues. Toutefois, elle peine à se faire entendre au milieu des cuivres dans les formations de jazz. Vers 1920, chez Gibson, l’ingénieur Lloyd Roar développe le premier microphone  électromagnétique pour guitare. L’instrument peut alors faire son entrée dans les big bands.

En France, dès 1933, la guitare trouve sa place dans le jazz, avec, dans le légendaire quintette Hot Club qui se produit à Paris, un gitan du nom de Django Reinhardt qui invente un langage plus sensuel pour cet instrument, et compose des standards tels que Nuages.

Quid de la guitare électrique ? La toute première aurait été produite par la société Rickenbacker en 1932, si ce n’est qu’une autre entreprise, Gibson, affirme avoir elle-même sorti le tout premier modèle le 20 mai 1936, sur les conseils d'un musicien, Alvino Rey. Dès 1939, le guitariste Charlie Christian qui officie dans l’orchestre de Benny Goodman, s’impose avec des solos ou des rythmiques innovants et montre, si besoin était, que l’instrument a toute sa place dans le répertoire jazz.

À cette même époque, le musicien Les Paul, insatisfait par les guitares électriques de l’époque, cherche à développer un nouveau modèle. En 1941, il développe la guitare Les Paul qui est ce que l’on appelle une « solid body » – le corps de l’instrument est une même planche de bois, dépourvue de creux. C’est par un système de microphones qu’il obtient l’amplification de l’instrument. La Les Paul est diffusée par Gibson. Au début des années 60, Gibson fait évoluer le design d’une façon qui déplaît à Les Paul et en conséquence, ce dernier retire le droit d’utiliser son nom. Elle est alors renommée la Gibson SG. Toutefois la Les Paul originelle va regagner une popularité à partir du moment où elle est adoptée par Eric Clapton. Elle va donc réapparaître chez Gibson. La Les Paul demeure l'un des modèles les plus copiés de tous les temps.

Vers 1930, un nouveau type de guitare est apparue, dite « archtop » dont la table, au lieu d'être plate, est recourbée. Apparue vers 1930, elle est électrifiée vers la fin des années 40. De telles guitares exploitent à la fois l’effet de l’amplification par les micros et celui de la caisse de résonance par l’intermédiaire d’orifice analogues à ceux des violons. A la différence des guitares électriques habituelles, elle produit un son doux et intimiste, légèrement assourdi. Elle sera adoptée par de nombreux guitaristes de jazz notamment Barney Kessel, Kenny Burrell et Joe Pass.

En avril 1951, la  société Fender dévoile une guitare électrique de facture révolutionnaire pour l’époque, la Telecaster. Elle dispose d’un corps en bois et d’un manche vissé (et non collé) à ce corps. Elle offre n son clair et permet de tenir (prolonger la sonorité) des notes. Des musiciens de blues tel que Muddy Waters ou de country comme Jerry Reed l’adoptent spontanément.

Du côté de la guitare classique, des musiciens émérites apparaissent dans le sillage de Andres Segovia tels Narciso Yepes à qui l'on doit le thème célèbrissime de la bande sonore des Jeux interdits (1952).

En 1954, Leo Fender, qui aime à s’inspirer des conseils que lui donnent les musiciens, sort une guitare qui va devenir mythique : la Stratocaster, avec une forme sensuelle et une plus grande variété tonale que la Telecaster. Quinze ans plus tard, les « héros » de la guitare rock seront des myriades à adopter l’un des divers modèles qui va apparaître : Eric Clapton, Jeff Beck, Jimi Hendrix… Durant les années 80, elle sera prisée par Stevie Ray Vaughn et Yngwie Malmsteen.

La guitare électrique explose au cours des années 60 avec l'apparition des pédales d'effet qui autorisaient une exploration sans borne de ses capacités. Le grand sorcier du genre s’appelle Jimmy Hendrix. Dans l'album Electric Ladyland (1968), il s’aventure sans réserve dans le territoire de la recherche sonore. En 1970, Jimmy Page du groupe Led Zeppelin continue sur une même lancée, développant des solos ravageurs, mélanges de notes et d'effets.

Là n’est pas tout car dans le même temps, la musique folk acquiert une popularité mondiale, sous l’impulsion de Bob Dylan, du groupe Simon & Garfunkel ou du britannique Donovan. Au passage, c’est un autre type de guitare qui se retrouve sur le devant de la scène : la guitare dite « acoustique » avec des cordes en métal, un manche plus long et une caisse plus volumineuse que celle des guitares classiques. Les guitares acoustiques d’une firme américaine, Martin et particulièrement la mythique D28 sont alors prisées par les musiciens de tous bords.

Au niveau du jazz, sous l’impulsion de Miles Davis, les frontières qui séparent le genre du rock progressif fondent, ce qui favorise les expériences de musiciens électriques comme John McLaughlin. La guitare classique n’est pas en reste car à la même époque, les œuvres de compositeurs tels que le péruvien Barrios Mangore mais aussi de Tarrega deviennent accessibles au public.

La guitare acoustique connaît un essor majeur en France à partir de 1972 grâce aux disques et méthodes du musicien Marcel Dadi qui popularise un style de jeu complexe mais riche en effets : le picking. Des dizaines de milliers de musiciens en herbe découvrent la guitare au travers des disques de Dadi qui sont à chaque fois agrémentés des « tablatures » – notation permettant de déchiffrer aisément les morceaux de guitare.

Au début des années 80, le guitariste Van Halen s’aventure sur une nouvelle voie, celle du “tapping” (le musicien produit des sonorités en tapant directement sur les cases de la guitare). Puis, dix ans plus tard, c’est au tour de Joe Satriani et de Steve Vai d’apparaître comme les guitar heros du moment.

Peu avant le millenium, il pouvait pourtant sembler que la guitare était passée de mode. Les boîtes à rythme et platines des DJs l’avaient relégué au rang d’instrument de papa. Celui qui débarquait avec une guitare lors d’une soirée, paraissait presque ringard.

Et puis, les vents ont tourné. L’on a recommencé à entendre des guitares, qu’elles soient classiques, acoustiques ou électriques, dans les disques de Coldplay, des White Stripes, d’un très grand nombre de représentant de la Nouvelle Chanson Française. L’on voit même apparaître de styles comme le New Folk.

Les guitares sont de retour. Précédées de quatre décennies de virtuoses qui ont inscrit son parcours dans le rock comme dans le folk et de plus d’un siècle de compositions classiques. Le terrain est prêt pour de nouvelles envolées.

 

Daniel Ichbiah, auteur de nombreuses méthodes d’apprentissage de la musique

Extrait de ‘La Guitare sans Prise de Tête’

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