Qu’est-ce que le manga

Qu’il soit de science-fiction, fantastique, policier, romantique, comique, historique, sportif, qu’il parle de la vie de bureau, de cuisine, de mode, d’amitié, d’adversité, d’honneur, le manga est la lecture de toute une génération et tend même à déborder ce cadre par son caractère universel et humain. Miroir d’une société japonaise, il parle pourtant au reste du monde. Ce qui est une caractéristique de l’art. Protéiforme et codifié, le manga est difficile à saisir pour le non-initié. Tentons une « esquisse rapide »…

De l’automne 1944 jusqu’au printemps 1945, les bombardiers américains B-29 pilonnent Tokyo sans relâche. L’Empire du soleil qui se jugeait jusqu’alors invincible est déjà sous le choc des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki et la situation paraît compromise.

Au cours de la dernière réunion du Comité de Recherche pour la Guerre, en août 1945, les participants prennent connaissance de la déclaration de Potsdam qui entérine la défaite du Japon. Pour les survivants, la vision des villes dévastées achève de briser les mythes anciens. Le Japon est occupé par les troupes américaines du général Douglas MacArthur. Pour restaurer la productivité, la commission américaine de Réhabilitation Économique décide de mettre en avant le développement technologique et à cette fin, des millions de dollars sont débloqués par les USA.

Une page de l’histoire du Japon est en train d’être tournée. Déboussolée, l’île va chercher une revanche au niveau économique au travers d’entreprises telles que Sony, Honda et Matsushita qui vont jouer un rôle majeur dans la transformation du pays en puissance économique mondiale, mais aussi au travers d’une nouvelle expression artistique.

Tandis que l’Amérique importe dans le Japon sa culture de comics et de musique populaire, le Japon exorcise la frustration d’être désormais interdit de combat — l’occupation américaine a imposé dans la constitution la renonciation a toute action militaire – à travers une forme d’expression, celle du manga.

Traduit la plupart du temps par « esquisse rapide », manga est la réunion de deux idéogrammes : man et ga. Ga c’est l’image, le dessin, man la manière rapide et légère. Si le mot est attribué à un peintre japonais du XIXe siècle, Hokusai Katsushika, ses origines graphiques « pré-historiques » remontent aux récits sur rouleaux (emakimono) du XIIe siècle. Le manga emprunte aussi à l’estampe (ykiyoe), peinture de scènes de vie traditionnelle, datant du XVIe.

Tel que nous le connaissons aujourd’hui (en tant que bande dessinée), le manga remonte aux années 30 et 40. Ce n’est pourtant qu’après la guerre qu’il est devenu un véritable phénomène de société via des magazines pas chers, imprimés sur papier de mauvaise qualité, en noir et blanc, pour limiter les coûts de production. Les mangas abordent les genres les plus divers et à ce titre, s’imposent comme un média de communication, un phénomène de société, une culture populaire touchant la mode, la musique, le design…

La croissance économique du Japon n’a pas remis en cause cette identité du manga. Les journaux de prépublication (mangashi) hebdomadaires n’ont pas beaucoup changé. Il en existe environ 300. Ils affichent toujours un prix modique (environ 4 euros), comportent une dizaine de chapitres de mangas différents, peuvent compter 600 pages et sont mis à la poubelle par leur acheteur après lecture durant le trajet en transports en commun. Le consommateur ne manque pas de remplir la carte-réponse intercalée, sorte de questionnaire de satisfaction permettant à l’éditeur de savoir quelles séries passionnent et agir en conséquence.

Les séries à succès connaissent une nouvelle vie en volumes. Elles sont publiées dans un format poche et souple d’environ 200 pages (celui que l’on trouve en France) sur du papier de meilleure facture et avec une plus belle qualité d’impression (tankôbon). Ces « albums » s’apparenteraient presque à notre BD franco-belge si leur fréquence de parution annuelle n’était pas dix fois plus soutenue.

 

 

LES GENRES DU MANGA

Shônen : des mangas pour adolescents, mettant en scène un jeune héros en plein parcours initiatique. L’action est omniprésente, l’humour aussi. Les valeurs nobles du courage, de l’amitié, du dépassement de soi y sont glorifiées.

C’est dans cette catégorie qu’on trouve les mangas d’aventures, de sport…

Exemples : Dragon Ball, Naruto, One Piece, Bleach, Full Metal Alchimist, Fairy Tail, GTO…

 

Shôjo : des mangas pour jeunes filles. Des histoires romantiques qui présentent des héroïnes lycéennes aux grands yeux, accompagnées d’un petit animal et craquant pour le beau garçon androgyne (bishônen) du coin.

Exemples : Fruits Basket, Peach Girl, Nana, Switch Girl, Vampire Knight, Sailor Moon, Kilari…

 

Josei : des mangas visant un public féminin plus âgé car ils flirtent avec des thèmes plus sérieux et les abordent de façon plus crue (ils contiennent souvent des scènes érotiques).

Exemples : Happy Mania, Blue, Gokusen, Spicy Pink…

 

Seinen : des mangas s’adressant à un public plus adulte aussi bien au niveau du graphisme que des scénarios.

Exemples : Ghost in the Shell, Monster, Gunslinger Girl, Akira, Angel Heart, Gunnm, 20th Century Boys…

 

Yaoi : des mangas destinés à des filles et racontant des histoires d’hommes gays. On appelle aussi ce genre Boy’s Love (BL).

Exemples : Love Mode, Kizuna, Fake, Gravitation, Love Pistols, No Money…

 

Dans les yuri, ce sont des couples lesbiens qui sont en vedette.

Exemples : Girl Friends, Free Soul, Indigo Blue…

 

Ecchi : des mangas à caractère érotique, la plupart du temps hétérosexuels.

Exemples : Angel, Golden Boy, Step up Love Story, Love Junkies…

 

Delphine Gaston & Daniel Ichbiah

Extrait du magazine Comment ça marche – n°16

 

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